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Cinéma

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Locataires

(Pin Jip) Corée du Sud ­ 2004 ­ 1H30

Réalisation :
Scénario, réalisation et montage : Kim Ki Duk. Directeur photographie : Jang Seung-beck. Musique : Silvian et Natacha Atlas. Décors : Chung Sol Art. Production : Kim Ki Duk Film, Cineclick Asia, Happinet Pictures.
Interprétation :
Lee Seung-yeon (Sun-houa), Jae hee (Tae-suk), Kwon Hyuk-ho (Min-kyu), Joo Jin-mo (inspecteur Cho), Choi Jeong-ho (geôlier)
Auteur :
C'est avec « L'île » (Venise -2000) et surtout « Printemps, Été, Automne, Hiver et Printemps »(2003) que Kim Ki Duk  est apparu comme un cinéaste majeur. Son dernier film « L'Arc », présenté à Cannes cette année (sélection Un Certain Regard) ne fait que confirmer notre appréciation. Il semble que de plus en plus se dégage une certaine spiritualité. "Locataires" est son onzième long métrage.
Résumé :

Tae-suk, jeune homme d'une vingtaine d'années, a une vie curieuse et bizarre. Il vit dans des appartements provisoirement désertés par leurs occupants habituels. Son travail consiste à accrocher un pub pour commande de plats à domicile, sur le poignet de la porte d'entrée des appartements ou maisons. On comprend qu'ainsi il peut repérer les logements libres !
Il a une superbe moto et se déplace ainsi dans la ville.
Dans chaque lieu « visité », il répare les objets en panne ou abîmés, il lave le linge sale (à la main !). Il ne reste chaque fois qu'une nuit ou un jour. Puis, il fait la rencontre dans une villa de la femme du propriétaire, Sun-houa. Elle est blessée au visage, elle souffre des coups infligés par son mari violent. Tae-suk va s'occuper d'elle, la soigner. De cette compassion naît l'amour entre les deux jeunes gens. Et Sun-houa va partager la vie de « locataires », aventure qui mènera le jeune homme en prison pendant quelque temps. Le dénouement est extraordinaire dans tous les sens du terme ! Leur amour prend une forme immatérielle !

Analyse :
On peut dire que chaque film de ce cinéaste, hors norme dans son pays, nous apporte un éclairage extraordinaire sur le décalage des êtres avec le monde où ils vivent.
Dans ce film, c'est la description de la vie d'un jeune homme, complètement mutique, qui se déplace et séjourne dans les logements qu'il occupe tout à fait illégalement, jusqu'à atteindre la faculté d'être complètement transparent! Il a une beauté quasi angélique, et la femme qui  l'accompagne dans ses incursions dans le monde d'inconnus prend le même sourire désarmant, qui leur permet de traverser la vie avec légèreté, dans une sorte d'apesanteur ! C'est surtout Tae-suk qui nous fascine. Il émane de lui à la fois douceur et force.
Ainsi, sa façon d'habiter ces lieux inoccupés, empreints des traces laissées par les propriétaires, est pleine de respect.
Dans le bel appartement du photographe (où apparaît un portrait de Sun-houa !), il va prendre des photographies. Ailleurs, il réparera une horloge, une balance. Mais c'est chaque fois un geste qui est en relation avec les caractéristiques propres aux habitants. Jusqu'à la scène-clé des funérailles de l'homme que les deux amants « trouvent » mort dans son appartement. Soins apportés à l'enveloppement du corps suivant le rite du pays, et enterrement dans le jardin. Tous ces détails qui laissent pantois la famille du mort et les policiers !
Le charme qui se dégage de ce film vient du fait qu'on ne se pose pas la question si ces situations sont réelles ou imaginées, si elles sont crédibles ou pas ! En fait, nous entrons dans un autre monde, aussi réel que le monde « habituel »,mais un monde où la parole n'est pas la chose la plus importante, où l'apparence physique  n'est qu'un trompe-l'oeil.
Un monde où seule compte la force d'aimer par delà les apparences matérielles!
Alain Le Goanvic