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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Lost in translation

Etats Unis, 2002, durée : 1h42

Réalisation :

Réalisatrice : Sofia COPPOLA ; Scénario : Sofia COPPOLA ; Photo : Lance ACORD ; Production : Elemental Film, American Zoetrope. Distribution France : Pathé Distribution

Interprétation : Bill MURRAY (Bob HARRIS), Scarlett JOHANSSON (Charlotte), Giovanni RIBISI (John), Anna FARRIS (Kelly)…
Auteur : Sofia Coppola, fille de Francis Ford Coppola, est une jeune réalisatrice née en 1971. Elle a étudié l’art plastique en Californie. Elle tourne un premier long métrage « virgin suicides » en 1999. Il crée l’événement à la Quinzaine des réalisateurs. Pour ce deuxième film, Sofia Coppola choisit de tourner à Tokyo, ville qu’elle a visitée à plusieurs reprises.
Résumé :

Bob Harris, acteur américain sur le déclin, est venu tourner une publicité pour un whisky japonais. Il a 50 ans et il est marié. Il semble étranger à sa vie, comme s’il avait renoncé. Charlotte, une trentaine d’années, est mariée depuis deux ans à un photographe qu'elle a suivi à Tokyo pour un reportage. Charlotte et Bob vivent provisoirement dans un luxueux hôtel de Tokyo où leur insomnie respective les fait se rencontrer au hasard de leur errance dans les couloirs. Hermétiques au monde qui les entoure, leur rencontre leur permettra d’achever cette quête qui les tourmente.

Analyse :

« Lost in translation », perte de repère, perdu dans l’inconnu, perdu dans la compréhension des mots ou de soi-même, telles sont les traductions que nous pourrions donner de ce titre. Le film confronte ses deux personnages à un monde inconnu dont ils ne comprennent aucun code, une ville qui les agresse. Au lieu de réagir, cet homme et cette femme s’enfoncent dans l’apathie et l’indifférence. Sofia Coppola choisit de plonger ses personnages dans Tokyo. Elle nous renvoie une image particulière de cette ville. Cette ville est perçue comme absurde, clinquante, pleine de clichés pour ceux qui se ferment au mystère de l’étranger, de la différence, de l’autre. L’insistance est parfois un peu trop pesante, trop répétitive, trop caricaturale. Pourtant, ce choix de scénario laisse toute sa place aux deux acteurs qui incarnent chacun à leur manière, l’incompréhension qu’ils ont d’eux-mêmes. La direction d’acteur est pleine de grâce et de délicatesse. La caméra s’efface souvent pour nous laisser percevoir, subjectivement, les tourments qui obsèdent cet homme et cette femme. Chacun se sent très incomplet, morcelé, à l’image de la première séquence du film. Seul un morceau de corps est montré à l’image, à l’horizontale, sans vie.

La quête de soi-même les rend insomniaques. C’est ce tourment qui les fait se rapprocher, se raccrocher l’un à l’autre pour ne pas basculer, pour trouver une réponse. Il existe une dimension filiale dans cette relation. Est-ce le père qui veut protéger sa fille ? ou l’inverse. La différence est si ténue. Malgré une grande sensibilité dans le traitement des personnages, qui laisse toute liberté à notre subjectivité, ce film reste « adolescent ». La trop forte caricature de la ville, les sorties en boîte de nuit, la sociabilité soudaine, le voyage à Kyoto, restent incompréhensibles car sans racine. Alors que les personnages jouent en profondeur, souvent, les séquences restent en surface. La musique reste un simple prétexte où se rassemblent les groupes nouvelles génération, sans lien avec l’image. Cependant, l’ultime scène sauve tout ce film lorsque Bob et Charlotte se réfugient dans les bras l’un de l’autre. Ce murmure chuchoté à l’oreille, l’expression de leur regard nous fait pressentir l’achèvement de leur quête. Le cadrage, le jeu, les non-dits révèlent le talent en germe de cette cinéaste. Anne-Laure DUMORTIER – PRO-FIL Paris