Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Manderlay

(Danemark 2005 ; durée : 2H19)

Réalisation : Scénario et réalisation : Lars Von Trier ; Image : Anthony Dod Mantle ; Décor : Peter Grant ; Prod. : Vibeke Windelov ; Distr. : Les Films du Losange.
Interprétation : Bryce Dallas  Howard (Grace), Isaach De Bankolé (Timothy), Danny Glover (Wilhelm), Willem Dafoé (le père de Grace), Laureen  Bacall (Mam).
Auteur :

Cinéaste danois volontiers provocant, fondateur de "Dogma", Lars Von Trier a connu le succès international avec Breaking the Wawes, (1996), film délirant ou le mystique se joint à l'érotisme pour constituer un cocktail étonnant et détonnant. Si Les Idiots (1998) (directement inspirés de Dogma ) déroutent, Dancer in the Dark, mélo musical et larmoyant, a obtenu la Palme d'or au Festival de Cannes 2000.  Lars Von Trier a depuis entamé une trilogie américaine basée sur le personnage de Grace dont on suit les aventures de film en film. Manderlay est le deuxième volet de cette trilogie, Dogville (2003) en étant le premier, la suite et la fin du triptyque devant se dérouler à Washington.

Résumé :

Venant de Dogville, Grace arrive en Alabama avec  son père et le gang de celui-ci, et elle découvre Manderlay : une plantation de coton où, soixante dix ans après son abolition (nous sommes en 1933), l'esclavage sévit encore et où les Noirs continuent de subir le fouet de la redoutable Mam, propriétaire du domaine. Dans un élan humanitaire, Grace va s'employer à corriger cet oubli de l'histoire. Assistée par quelques hommes de main prêtés par son père, elle prend possession de Manderlay, affranchit les esclaves, et entreprend avec détermination de les conduire à la démocratie. Mais on n'impose pas la liberté par la contrainte, même si les motifs sont généreux et la pédagogie soft, et le beau projet de Grace trouvera une conclusion inattendue.

Analyse :

L'éléphant Lars Von Trier piétine la porcelaine du politiquement correct. Du cinématographiquement conforme, aussi : déjà utilisé dans Dogville, son dispositif scénique minimaliste, reposant sur un plateau pratiquement nu, des décors réduits à la suggestion et une caméra virevoltante, garde ici toute son efficacité. Il contribue à donner à Manderlay son aspect de fable vouée à l'interrogation du pouvoir, de ses pratiques et de ses facettes. Avec  déjà la dénonciation de la permanence de la ségrégation raciale aux Etats-Unis ; avec aussi la cinglante mise en parallèle de l'intervention de Grace à Manderlay et de celle de son pays en Irak. Avec  surtout un savant brouillage des perspectives codifiées et rassurantes. Rien ne sied plus à Lars Von Trier que la confusion des sentiments. Il nage comme un poisson dans l'eau trouble des êtres, dégageant l'ambiguïté des rapports maître-esclave et faisant remonter l'inavouable des profondeurs vers la pureté trompeuse de la surface. Qu'il irrite de temps en temps est signe qu'il touche juste plus d'une fois.

Jean Lods