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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Million dollar baby

U.S.A. 2h12

Réalisation : Clint EASTWOOD; Scénario : Paul HAGGIS; Image : Tom STERN (fidèle d’Eastwood notamment sur Mystic River) ; Décor d’Henry BURNSTAD, jeune homme de 89 ans; Musique : Clint et Kyle EASTWOOD; Production : Warner
Interprétation : Clint Eastwood; Hilary SWANK, Oscar de la meilleure actrice ; Morgan FREEMAN, Oscar du meilleur acteur dans un second rôle.
Auteur :

Clint EASTWOOD, Oscar du meilleur réalisateur et Oscar du meilleur film pour ce 26ème long métrage. Parallèlement à sa carrière d’acteur dont le succès arrive sur le tard avec les westerns de Sergio Leone et la série des Inspecteurs Harry de Don Siegel, il réalise dès 1971 mais ne connaît son premier succès mondial qu’ en 1986 avec Bird. Depuis, avec Impitoyable (1992), Sur la route de Madison (1994) et Mystic River (2003, 4 Oscars) il joue dans la cour des grands. Son cinéma s’est peu à peu débarrassé des « réflexes américains » en donnant un caractère universel à ses histoires et en tendant vers une mise en scène de plus en plus épurée.

Résumé :

Maggie, jeune femme de 31 ans veut réussir dans la boxe et persuade Frankie Dunn, un soigneur-entraîneur de la conduire au sommet de son art. En mal de paternité et non sans réticences, cet homme méfiant accepte. Une relation profonde et pudique s’installe progressivement entre ces deux êtres jusqu’au drame final et jusqu’à un ultime geste d’amour. C’est Scrap, l’ami de toujours de Frankie et sa « mauvaise conscience », qui raconte cette histoire.

Analyse :

Le sujet principal du film n’est ni la boxe, ni Maggie, mais Frankie et son long chemin de croix. Comme souvent les relations fortes, celle de Frankie et de Maggie commence par un refus de la part de Frankie de s’intéresser à la jeune sportive. Puis, il accepte finalement de l’aider à atteindre son but, mais sans s’apercevoir qu’elle aussi le prépare à quelque chose. Il est économe en paroles, elle est généreuse en coups. Il la rend forte, elle le subjugue. Il lui offre son soutien, elle lui redonne l’envie d’être père. Il croit en Dieu, elle croit en elle. Leur relation basée sur un échange de manques, se remplit de conseils et d’affection. Tout comme la musique (de Clint Eastwood) qui repose sur une douzaine de notes interprétées à la guitare solo, le film s’appuie sur une économie de décor et d’actions misant tout sur le dépouillement et une mise en scène épurée. La lumière savante de Tom Stern plonge alors les corps et les visages dans une photo qui frôle le noir et blanc, traduisant ainsi les contradictions et les ambivalences des personnages. Irlandais et catholique, pieux jusqu’à aller à la messe quotidiennement, Frankie entretient une culpabilité multiple qui le rend méfiant et hésitant car avec le temps, il a fait du conseil de base des boxeurs « la règle principale est de se protéger » sa devise. Plus le film avance moins Frankie se protège de ce qu’il a tant souhaité et redouté : une vraie relation humaine et plus l’éclairage se resserre sur son visage buriné pour aller scruter au cœur de sa conscience. Maggie au contraire a la rage de vaincre car à 31 ans elle n’a pas de temps à perdre et elle prend tout en bloc. Qu’elle s’entraîne dans le noir ou dans une franche lumière, elle suit sa ligne : apprendre à bien boxer.
Quand ces deux vies se croisent sur un ring une communion opère. Quand la boxe disparaît de leur univers il reste une relation profonde parce que construite pas à pas comme un entraînement. « And the winner is … » : un véritable amour. Un film qui nous laisse KO.

Corine Eugène dit Rochesson