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Cinéma

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« Mon colonel »

France /Belgique – 2006 – 1h51

Réalisation :
Mise en scène : Laurent Herbiet ; Scénario : Costa Gavras, Jean-Claude Grumberg (d’après le roman de Francis Zamponi) ; Images :Patrick Blossier ; Montage :Nicole Berckmans ; Son : Olivier Hespel ; Décors : Ramdane Kacer ; Musique : Armand Amar ; Production : Michèle Ray Gavras ; Coproduction : Salem Brahimi, frères Dardenne
Interprétation :
Olivier Gourmet (Colonel Duplan) - Robinson Stevenin (Guy Rossi) - Cécile de France (Lieutenant Galois) - Charles Aznavour (Père Rossi) – Bruno Solo (Commissaire Reidacher) - René Ascencio (Eric Caravaca)
Auteur :
Laurent Herbiet a d'abord travaillé comme assistant réalisateur et scénariste. Il a été premier assistant et conseiller technique de réalisateurs comme Blake Edwards, Christine Pascal, Claude Lelouch, Alain Resnais. Il passe à la réalisation avec « Le poids du ciel ».
Résumé :
Paris – 1993 : Un Colonel en retraite, Raoul Duplan, est trouvé mort, assassiné d’une balle dans la tête. L’enquête tourne en rond jusqu’à l’arrivée d’un courrier anonyme : « le Colonel est mort à Saint-Arnaud ». Qui est l’assassin ?
Saint-Arnaud –Algérie–1957- Le jeune Rossi, licencié en droit, est aide de camp du Colonel Duplan. Il confirme au Colonel l’étendue des pouvoirs spéciaux votés par l’Assemblée Nationale, justifiant ainsi la torture que va appliquer le Colonel, sans vergogne. Un jour, Rossi disparaît, probablement exécuté. Pourquoi ?
Analyse :

Le film est bâti sur un montage parallèle, assez classique: le passé en noir et blanc, le présent en couleurs. Fait intéressant à noter, le film a été tourné en Algérie (pour ce qui concerne l’action de 1957), avec l’appui efficace des autorités et des populations locales. Le fait d’aborder frontalement la pratique de la torture par un officier français, qui se targue de ne faire qu’appliquer le « droit » résultant de la loi sur les pouvoirs spéciaux, est tout à l’honneur du réalisateur et des producteurs. Duplan (remarquablement incarné par Olivier Gourmet, maigri de 27 kilos !) est inspiré des Argoud, Élie de Saint Marc, Ausaresses, Schmitt, qui comme Duplan ont trouvé dans leur conscience des arrangements avec eux-mêmes. Son attitude résonne avec l’actualité (Irak, Guantanamo) dans cette façon de justifier le pire au nom de la lutte contre le terrorisme ! Le jeune Rossi est bien décrit dans sa naïveté et son désir de rester dans la justice, mais il sera victime d’un engrenage qui le dépasse. On se pose la question : qu’aurions-nous fait à sa place ?
La partie du film qui montre l’enquête menée par la police, en concertation avec des représentants de l’Armée (dont le personnage féminin, le lieutenant Galois, n’est pas dans le roman) n’est pas aussi intéressante que la reconstitution des agissements du Colonel en 1957. D’ailleurs le va-et-vient entre passé et présent semble affaiblir la portée du discours. Si le but est de montrer que l’indifférence générale et l’amnésie face aux crimes contre l’humanité perpétrés par l’Armée française ne sont pas une fatalité, il faut bien reconnaître que le déroulement des séquences est maladroit et superficiel. Les larmes de Cécile de France ne nous touchent guère. (Alain Le Goanvic)