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Cinéma

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Mon Trésor

Israël, 2004, 1h40

Réalisation : Keren Yedaya ; Scénario : Keren Yedaya et Sari Ezouz ; Image : Laurent Brunet
Interprétation : Ronit Elkabetz : Ruthie - Dana Ivgi : Or - Meshar Cohen : Ido
Auteur :

Keren Yedaya a suivi des études de cinéma à l' école Camera Obscura de Tel-Aviv. Ses trois court-métrages témoignent de son engagement social et politique aux côtés de ceux que le quotidien préfère ignorer, les femmes en particulier, voire les prostituées. "Elinor"  (1994) s'insurge contre les humiliations subies au quotidien par une jeune soldate de Tsahal, "Lulu"  (1998) aborde le thème de la prostitution, "Les dessous"  (2000) se passent dans la cabine d'essayage d'un grand magasin. "Mon Trésor" est son premier long-métrage : il a obtenu la Caméra d'Or et le Grand Prix de la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2004.

Résumé :

Or a 17 ans. Elle et sa mère, Ruthie, vivent dans un tout petit appartement  de Tel-Aviv. C'est la misère. Alors Or cumule les petits boulots, il lui reste peu de temps pour le lycée et surtout peu de disponibilité : sa mère se prostitue et Or utilise toute son énergie à l'en empêcher. Mais Ruthie ne pense qu'à tromper la vigilance de sa fille qu'elle appelle tendrement "ma lumière, mon trésor" . Or va ployer sous cette charge trop lourde pour elle : quelle issue lui reste-t-il ?

Analyse :

Un film dur, poignant, qui parle juste. Un film qui ne s'apitoie pas : le regard de Keren Yedaya est  à la fois distancié et plein d'humanité, sa neutralité est à la mesure du respect qu'elle porte à ses personnages. Il n'est pas facile pour le spectateur d'être confronté à cette histoire trop vraie de fausse place, quand la fille est amenée à assumer la place de la mère, parce que la mère est faible comme un enfant. Pas facile de voir Ruthie se préparer sous le regard de sa fille à "sortir" : le corps n'est plus jeune, le rouge à lèvres, provocant, la mini-jupe, carrément indécente. Mais Ruthie ne s'appartient plus, elle appartient corps et âme à la rue qui la veut. Or, croit-on, est encore dans la vie : elle sait rire, elle a des copains et même un amoureux : Ido. Mais la mère du garçon lui signifie que son fils n'est pas pour elle. Or se le tient pour dit : le regard des autres, leurs mots et leurs silences finissent par user son fol espoir de sauver sa mère de la noyade. Et plutôt que de l'abandonner, de la trahir, Or ("lumière" en hébreu), bascule dans la nuit : elle ne voit plus d'autre issue que de s'identifier à sa mère. Ruthie ne voit ni n'entend plus sa fille. Face au miroir, Ruthie se prépare, le regard vide. Derrière elle, Or, outrageusement maquillée, la regarde, suppliante, poignante.  En vain : Or entre alors en prostitution.
Keren Yedaya ne porte pas de jugement. Mais le spectateur sait qu'il n'est question là que d'absence (celle d'adultes tutélaires), d'indifférence et de non-assistance (celle de tout un chacun).

Françoise Lods