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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Moolaadé

Sénégal 2004 2 heures

Réalisation : Réalisation, scénario et dialogues : Ousmane Sembène ; Images : Dominique Gentil ; Musique : Boncana Maïga ; Décors : Joseph Kpobly; Production : FILMI DOMIREW Sénégal
Interprétation : Fatoumata Coulibaly (Collé) - Maïmouna Hélène Diara (Hadjatou) - Salimata Traore (Amsatou), Aminata Dao (Alima Bâ) - Dominique T. Zeida (le mercenaire) - Mah Compaore (l'exciseuse)
Auteur :

Ousmane Sembène est né le 8 janvier 1923 à Ziguinchor, au Sénégal. Son premier film date de 1968 : "Le mandat". Il réalisera ensuite "Xala", "Ceddo", "Guelwaar", "Camp de Thiaroye", et "Faat Kine". Tous ses films sont pour lui un moyen de pointer les problèmes de l'Afrique. Dans "Moolaadé" c'est le problème de l'excision qui est abordé.

Résumé :

Collé a soustrait son unique fille à la coutume de l'excision. Quatre fillettes du village, que l'on s'apprête à exciser, viennent lui demander le moolaadé (asile et protection). S'affrontent alors dans le village deux valeurs : droit d'asile et tradition d'excision.

Analyse :

Cette histoire qui se présente comme contemporaine emprunte tout de même des formes anciennes de la narration. C'est un conte, un beau conte même si la mort y est présente. Cette forme narrative permettra au film, on l'espère, d'atteindre un très large public aussi bien en Afrique qu'en Europe. Car c'est en même temps un film militant contre l'excision, et , d'une manière plus générale, contre la soumission totale des femmes aux hommes, dans la pesanteur de la tradition. Il est intéressant que ce soit un africain qui ait réalisé ce film, à la fois parce qu'il manifeste l'engagement de certains hommes dans cette lutte qui pourrait n'apparaître que "féministe", mais aussi parce que cet homme africain souligne le rôle éminent joué par les médias audio-visuels dans la découverte des idées modernes, qui rendent possible chez les femmes cette rébellion contre la tradition. Ici ce ne sont pas des livres que brûlent les forces de la réaction, mais ... des transistors. Le film ne vaut pas seulement par les idées défendues mais aussi par sa dramaturgie et par la galerie de portraits hauts en couleur qui l'habitent, dans une Afrique rurale et paysanne bien présente dans les images et dans le son. La musique renforce le tout. Le conflit entre tradition et modernité est bien sûr incarné par Collé, la mère qui, la première, a refusé l'excision pour sa fille, mais aussi par le fils du chef du village, qui travaille en France et revient au village prendre femme. C'est lui qui finalement imposera à son père sa fiancée non excisée et... installera une antenne de télévision, en rivale du minaret de la mosquée.

Maguy Chailley