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Cinéma

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Nobody Knows

Japon 2004 ; durée : 2H20

Réalisation : Scénario et réalisation : Kore-eda Hirokazu. Image : Yamazaki Yutaka. Son : Tsuramaki Yutaka. Montage :  Kore-eda Hirokazu. Prod. : TV Man Union, Inc.. Distr. : ARP Sélection.
Interprétation : You (Keiko), Yagira Yuga (Akira), Kitaura Ayu (Kyoko), Kimura Hiei (Shigeru), Shimizu Momoko (Yuki)
Auteur :

Nobody Knows est le quatrième long-métrage de Kore-eda Hirokazu, cinéaste japonais né en 1962. Plusieurs de ses films précédents, basés sur des scénarios aux thèmes frappants, ont connu un succès international. Ainsi After life (1999) a pour point de départ l'idée d'un retour sur terre de morts appelés à choisir, pour l'éterniser, un moment privilégié de leurs existences passées. Quant à Distance (2001), sélectionné au Festival de Cannes, il aborde le phénomène sectaire à travers le portrait de groupe d'une poignée de fanatiques déterminés à purifier la planète dans le sang.

Résumé :

Quand Keiko (mère célibataire de quatre enfants de pères différents) emménage dans son nouvel appartement et se présente à son propriétaire, elle n'est accompagnée que de  son fils aîné, Akira :  le reste de la nichée arrivera clandestinement, Yuki et Shigeru cachés dans des valises, Kyoko par le train, en se glissant de nuit dans l'immeuble. La raison de ce mensonge ? On ne voudrait pas d'eux, trop d'enfants cela dérange. Et les règles édictées pour préserver par la suite le secret sont impératives : ne pas faire de bruit, ne pas sortir, même sur le balcon. Seuls, Keiko et Akira ont droit à une vie extérieure et une existence reconnue. Mais un jour, Keiko elle-même ne reviendra pas, laissant à Akira un peu d'argent et un billet : "Occupe-toi d'eux".

Analyse :

Elle est poignante, cette histoire, inspirée par un fait divers, de quatre enfants abandonnés et condamnés à vivre seuls, au milieu de tous et ignorés de tous. Pas de réquisitoire trémolo-dramatique, pourtant, dans la façon dont Kore-eda Hirokazu la traite. Il ne joue pas de la louche, mais de l'homéopathie. Il n'en touche que plus juste et plus profond. Particulièrement quand il décrit la micro-société des quatre enfants. Alors, le scénario s'efface devant  une sorte de saisie au vol de l'existence de ces petits clandestins qui, à travers leurs joies et leurs peines, leurs rires et leurs larmes, leurs espoirs et leurs peurs, s'efforcent d'inventer jour après jour une normalité autre et orientée vers un seul but : rester ensemble.
Si le filet de la société est assez distendu pour que quatre enfants tombent ainsi à travers, c'est que les adultes, loin d'en filer les mailles, se défilent. Keiko la première, bien sûr, mais, avant elle, les géniteurs des enfants, évaporés comme la rosée au soleil de l'irresponsabilité. Et, autour d'elle, le propriétaire de l'immeuble et sa femme ‹ trente ans de moins que lui et serrant contre sa poitrine un  petit bull-dog, avatar de bébé, complètent le tableau :  le jugement du cinéaste sur une génération d'adultes confite dans son égoïsme est sans appel.

Jean Lods