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Cinéma

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Nous, les vivants
(Du Levande)

Suède 2006 durée : 1H34

Réalisation :
Réalisation et Scénario : Roy Andersson ; Image : Gustav Danielsson ; Musique : Benny Andersson ; Montage : Anna Marta Waern ; Producteur : Roy Andersson, Pernilla Sandstrom, Philippe Bober ; Production : Filmproduktion AB. Distribution France : les Films du Losange.
Interprétation : Jessica Lundberg (Anna), Eric Bäckman (Micke Larsson) etc.
Auteur :

Roy Andersson (né à Göteborg, 1943) étudia le cinéma à Stockholm. Son premier film, Une histoire d’amour suédoise (1970) eut un vif succès, mais la suite (Giliap, 1976) fut plus difficile. Il tourna des publicités télévisées qui le rendirent indépendant. Monde de gloire (court-métrage, 1991) puis Chansons du deuxième étage (2000), fort admirés, appliquèrent sa nouvelle démarche non-narrative qui est celle aussi de Nous les vivants, son quatrième long métrage en près de quarante ans…

Résumé :

Inracontable. Un vieillard chemine péniblement, appuyé sur son déambulateur où s’accroche une corde traînant un chien sur le dos, entortillé comme un rôti. La chambre nuptiale d’un jeune couple s’arrête dans une gare, où la foule se presse à leur fenêtre ouverte à deux battants ; l’immeuble repart quand le mari, jazzman, recommence à gratter sa guitare électrique… Une quarantaine de saynètes, mosaïque sans suivi narratif ni logique, où des gens de tous les jours mènent une vie de tous les jours, pimentée d’épisodes loufoques, et se racontent avec leurs rêves, leurs peurs, leurs regrets.

Analyse :

Des existences toutes petites, qui sont celles de la plupart, et qu’il faut bien vivre… Nous sommes loin d’un cinéma construit sur l’aventure du drame ou du bonheur, sur des personnages ou des événements, sur les reliefs en creux ou en bosse de la vie. La vie est surtout faite de riens, et le besoin de rêver, pour y trouver la force de mettre le prochain pied devant l’autre, forme un leitmotiv de ces tableaux. On peut, suivant son humeur ou sa constitution, en retenir l’admiration pour la débrouillardise de ces vivants à exister malgré tant de vide, ou rejeter ces images décourageantes du monde et des humains.
Etrange animal que ce film, bâti sur un humour de dérision qui sent sa Scandinavie, mais où l’on retrouve aussi du Chien andalou ou du Playtime… La forme inhabituelle répond bien aux contraintes du sujet : sans personnages ni histoire, un patchwork de larges plans séquences situant les individus dans un décor figé, caméra immobile ; et faute de retenir l’attention par la progression narrative, le faire par des ruptures – discours à la caméra, bizarreries "helzapoppinesques", gags énervants. La musique tient une grande place : la moitié des personnages joue de quelque instrument de fanfare, en répétition ou en défilé ; et une version jazzy de morceaux fort classiques accompagne de nombreuses scènes. La couleur grise est de rigueur, grand soin étant pris d’éviter tout coup de soleil sur le tournage.
Un film déroutant, c’est fait pour, et dont le rythme s’en va decrescendo – il n’aurait pas fallu faire plus long ! Mais plein de respect, derrière les sarcasmes, pour la capacité de nos prochains à faire leur trace dans la neige froide et le brouillard de l’existence, et à raviver par un souffle prudent les précieuses braises de chaleur humaine que l’on peut y trouver.

Jacques Vercueil