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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Oasis

Corée du Sud 2002 ; durée : 2H12

Réalisation :

Scénario et réalisation : Lee Chang-dong. Image : Choi Young-taek. Mus. : Lee Jae-jin. Prod. : East Film, Unikorea. Ditr. : Les Grand films classiques

Interprétation : Sol Kyung-gu (Jong-Du), Moon So-ri (Gong-ju)
Auteur : Lee Chang-dong fait partie, avec d'autres auteurs comme Shin Sang-ok ou Im Kwon-taek, d'un cinéma coréen en pleine croissance. Il avait déjà réalisé, en 2000, un film remarqué : Peppermint Candy. Oasis a reçu en 2002 le Grand prix du festival de Venise et a été élu découverte de l'année par la Fédération internationale de la presse cinématographique. Outre son métier de cinéaste, Lee Chang-dong est Ministre de la Culture de la Corée du Sud.
Résumé :

Jong-du, jeune homme un peu simplet, un peu fêlé, vient de sortir de prison où il a été condamné pour avoir causé la mort d'un homme lors d'un accident de voiture suivi d'un délit de fuite. Il rend visite à la famille de sa victime. C'est là qu'il fait la connaissance de Gong-ju, handicapée moteur au visage révulsé et aux membres tordus par des contractions incontrôlées. Il la trouve belle, et, au cours d'une seconde rencontre, tente de la violer. De cette tentative va naître un amour incompréhensible aux yeux des familles des deux jeunes gens. Une incompréhension si radicale qu'elle conduira de nouveau Jong-du en prison.

Analyse :

C'est une histoire d'amour fou. Fou, parce qu'il habite complètement les deux amants, comme toute passion. Fou encore, parce qu'il apparaît comme tel aux yeux d'un monde qui le rejette avec abomination.
Lee Chang-dong n'y va pas avec le dos de sa cuiller, il la remplit même d'une potion qui, acide à souhait, décape et fait grincer les dents. Ainsi, la seconde rencontre entre Jong-du et Gong-ju, celle de la tentative de viol. Dur à encaisser, sans doute. Toutefois, de ce viol naît l'amour, Gong-ju osant ensuite croire à l'incroyable : qu'on ait pu la trouver belle et la désirer. De cette même scène brutale, Lee Chang-dong tire encore une autre dissonance, faisant se dévoiler les jolis seins de l'handicapée et les révélant dans une vision dont la beauté soudaine et troublante irradie l'insupportable de la situation.
Tout le propos - dérangeant - de Lee Chang-dong est là, dans ce surgissement des contraires, dans cette coexistence sans hiérarchie, chez l'humain, du beau et du laid, du normal et de l'anormal, du bien et du mal. Coexistence du réel et du fantasme, aussi, illustrée par les inoubliables moments de grâce soudaine qui illuminent le film : un rayon de soleil donne naissance à une colombe, un faisceau de lumière à un vol de papillons ; sur un quai de métro, Gong-ju se métamorphose en une ravissante jeune femme... Effet de caméra subjective montrant Gong-ju telle que son amant la voit ? Mirage des amants isolés dans la bulle de leur amour comme dans une oasis au milieu du désert ? Mais l'apparition d'une oasis n'est-elle pas souvent l'effet d'un mirage ?
Jean Lods