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Cinéma

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Of time and the city : Documentaire

Grande Bretagne, 1h14, 2009

Réalisation : Réalisateur et scénariste: Terence DaviesPhotographie: Tim Pollard, Montage: Lisa Ryan-Carter, Son: Adam Ryan Carter. Supervision musicale: Ian Neil. Archives: Jim Anderson. Production: Northwest Vision and Media, BBC films . Distribution française: Jour2fête.
Interprétation :
Auteur :

Dernier de 10 enfants dont 7 survécurent, Terence Davies est né en 1945 à Liverpool de parents ouvriers et catholiques. Autodidacte, il quitte l'école à 15 ans et travaille 10 ans comme aide-comptable avant d'entrer au conservatoire. Après sa trilogie autobiographique (1976-83),Children, Madonna and child, Death and Transfiguration, Mémoire et enfance se tissent encore dans Distant voices still lives (1988) et The long day closes (1992). Enfin ce premier long métrage documentaire est produit dans le cadre du programme " Liverpool Ville Européenne de la Culture 2008 ".

Résumé :

«Chanson d'amour et éloge funèbre» comme il se définit lui-même, ce film mêle les fragments d'une ode à la ville de brique rouge des classes laborieuses aux éclats sarcastiques qui éclaboussent les fastes insolents de la religion et de la royauté et les idéologies de la servitude économique. Réflexion nostalgique sur le temps qui passe, ce rêve impressionniste qui survole la période 1945-73 témoigne aussi de ce qui fut et qui n'est plus.

Analyse :

Commentées par la voix off souvent lyrique et parfois solennelle de l'auteur lui même, les images de ce film-poème égrènent ses souvenirs avec une émotion communicative bien que retenue, revisitant les lieux où il vécut et la communauté chaleureuse  de son enfance. Soumis aux incessants va et vient entre passé et 4/5 des images du film sont des archives souvent proches du sépia- et présent -avec des couleurs parfois agressives lorsque la colère vengeresse du réalisateur s'en prend aux pompes scandaleuses du catholicisme ou des mariages princiers-, le spectateur se sent parfois violemment envahi par le sentiment de ce bonheur évanoui de l'enfance, aux contours effacés par le temps. Les images du passé témoignent avec puissance d'un sentiment du collectif qui n'annule pas mais au contraire exalte l'intimité de ces foules unanimes dans les lieux du partage humain: la rue, la plage, le stade, les banquets. Ces images rendent plus cruel le sentiment de perte (isolement, individualisme, primauté de l'argent) qu'évoquent celles du présent, dont la juxtaposition illustre la dévitalisation populaire de la ville et la transformation du rapport au monde de ses habitants. Le recrutement de la mémoire sensorielle ne se limite pas aux images, et le tressage des sons d'archives et des sons actuels participe étroitement au climat général, faisant contraster avec les Beatles abhorrés des citations adorées de Mahler et de Bruckner et des chansons populaires, pour finir avec l'émouvante berceuse de Brahms. Certes le risque d'idéaliser le passé est inhérent à un tel exercice mais l'humour souvent acerbe du ton qu'adopte le réalisateur vis à vis des puissants et des modes, aussi bien que l'empathie dénuée de complaisance dont il fait preuve à l'égard de ces «masses» dont il rend sensible l'humble grandeur lui permet d'éviter de tomber dans le schématisme, et aux jeux de la mémoire c'est l'enfance qui est retrouvée.

Jean-Michel Zucker