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Cinéma

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Par effraction

(Breaking and entering)

GB/USA, février 2007, 1h59mn

Réalisation :
Réalisation et scénario : Anthony Minghella ; Image : Benoît Delhomme ; Montage : Lisa Gunning ; Compositeurs : Gabriel Yared, Karl Hyde, Rick Smith ; Production : Miramax Films (U.S.A.), Mirage Enterprises (U.K.), The Weinstein Company (U.S.A.).
Interprétation :

Jude Law (Will), Juliette Binoche (Amira), Robin Wright Penn (Liv), Rafi Gavron (Miro), Martin Freeman (Sandy), Vera Farmiga (Oana)

Auteur :
Anthony Minghella, d’origine italienne via l’Ecosse, est né en 1954 sur l’île de Wight. Sa filmographie de réalisateur est brève. Il commença par le théâtre et la télévision. Son premier film Truly, madly, deeply (1990), d’après une de ses pièces TV, se voulait un « galop d’essai » confidentiel, mais eut un grand succès. Le troisième, Le patient anglais (1996), lui valut six Oscars, dont ceux de meilleur film et meilleur réalisateur. Il a déjà fait tourner Juliette Binoche (Le patient anglais) et Jude Law (Le talentueux Mr Ripley, 1999 ; Retour à Cold Mountain, 2003). Par Effraction est le second scénario original qu’il signe, après celui de Truly…
Résumé :

Will et Sandy sont deux jeunes architectes en charge de la rénovation du quartier délabré et mal famé de King’s Cross, à Londres. Ils y ont installé leurs nouveaux bureaux, immédiatement cambriolés. En suivant la piste de Miro, l’un des voleurs encore gamin, Will en découvre la mère, Amira, une bosniaque réfugiée. Vivant des moments difficiles dans son couple, où l’épreuve des relations avec la fille autiste de sa compagne Liv crée un climat très tendu, il s’éprend de cette femme courageuse et la séduit. Mais elle le supplie d’épargner son fils que la police a retrouvé… Invité par la justice à une « rencontre de pardon » qui donnerait une seconde chance au mineur délinquant, il l’innocente au mépris de la vérité, secondé en cela par Liv, malgré sa souffrance de la trahison qu’il lui a confessée.

Analyse :

Par effraction traite d’abord d’amour et de pardon. Il est construit sur deux statues de l’amour maternel – Liv envers sa fille autiste, Amira envers son fils qui tourne mal. Face à cela, la bonne volonté de Will ne pèse pas lourd ! Mais lui illustre l’amour « social » : dévoué à la cause du quartier déchu, il souffre de la pauvreté qui y règne et du mal-vivre de ses habitants, marginalisés au risque de devenir des asociaux punissables, et manifeste force respect envers ces petits et ces égarés – le personnel de nettoyage, la prostituée du coin de la rue, et même les cambrioleurs qui lui nuisent directement… D’où la question du pardon, que l’on voit rebondir d’un personnage à l’autre en cours de film, un peu comme une bille de flipper, pour culminer dans la scène conclusive. Le happy end (le jeune voleur rentre dans le rang) témoigne de la confiance de Minghella dans les vertus de la vertu. On pourrait allonger la liste des personnages positifs – tel policier compréhensif, tel entraîneur de gymnastique, etc. et les méchants ne le sont pas trop, à l’aune du cinéma courant.
Ce canevas met en scène des thèmes actuels, variations sur le rapport entre les installés et ceux qui y aspirent : immigration, relations adultes-enfants, nantis et démunis… Il évoque aussi, à travers les questions qu’affrontent Will et Sandy comme architectes-urbanistes, le rapport de la ville à la nature – et cela nous vaut ce curieux « personnage » de renard urbain, symbole de la sauvagerie présente où on ne l’attend pas ; renvoi aussi à ces autres personnages, inquiétants parce qu’incontrôlables, que sont Kate l’autiste, Miro le voleur acrobate, ou Oana la prostituée, qui marquera encore d’une troublante peau de renard le 4x4 volé puis rendu à Will, avertissant ainsi que derrière le happy end, la vie continue…

Minghella n’a donc pas peur des bons sentiments, et en a fortement chargé sa barque ; mais les acteurs font face, et mènent à bon port ce mélodrame très ancré dans notre temps. Il paraît que la majorité des renards désormais vivent dans nos villes !
(Jacques Vercueil)