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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Parlez-moi de la pluie

France 2008 - 1h38

Réalisation :

Réalisation: Agnès Jaoui - Scénario : Jean Pierre Bacri et A. Jaoui

Interprétation :

Agnès Jaoui (Agathe) - Jean Pierre Bacri (Michel) - Djamel Debbouze (Karim)

Auteur :

Agnès Jaoui a d'abord été scénariste, souvent en collaboration avec Jean-Pierre Bacri, avant de passer à la réalisation. Elle continue d'ailleurs d'écrire le scénario des films qu'elle réalise. Par exemple "Le goût des autres" en 2000 et "Comme une image" en 2004 et bien sûr "Parlez-moi de la pluie" en 2008.

Résumé :

Agathe Villanova, féministe qui s’essaie à la politique se voit, pour raisons de parité, parachutée dans la région où elle a grandi mais qu’elle rejette. Elle y retrouve sa jeune sœur Florence, son beau-frère et ses neveux ainsi que la vieille Mimouna, venue d’Algérie avec leurs parents après l’indépendance. Le fils de Mimouna, Karim, apprenti documentariste tente avec son ami et professeur, Michel, par ailleurs amant de Florence, de réaliser un portrait filmé d’Agathe : une femme qui a réussi. Mais, à l’instar de ce mois d’août où la pluie incessante n’est pas de mise dans le Midi, rien de ce que prévoient les personnages, ne se réalise correctement.

Analyse :

Voilà bien la griffe du duo Jaoui-Bacri : faire rire, ou plutôt sourire, en décrivant les travers humains, sans acrimonie, sans vitriol, presque avec tendresse. Et ça, on aime !
Voilà des personnages qui « se croient » quelqu’un qu’ils ne sont pas en réalité, mais c’est nous qui le savons, pas eux . D’où le porte-à-faux humoristique. Ils ont le chic pour se mettre dans des situations impossibles à gérer qui devraient porter à rire mais qui, paradoxalement, nous font réagir comme si nous étions concernés ! Du grand art.
La sortie du paysan frustré par les promesses de « Bruxelles » qui ne s’adressent qu’aux grands, la liturgie du baptême expédiée par un curé primesautier, le repérage dans les collines du Lubéron qui tourne au cauchemar, le reportage amateur qui n’était pas prévu pour celle qui le regarde, autant de séquences inattendues qui, loin de disperser l’intérêt du film lui donnent une réelle consistance. Mais c’est surtout l’interview impossible et récurrent qui sert de fil conducteur au film et procède d’un certain comique de répétition très bien ficelé.
Inutile de faire l’apologie du jeu des acteurs. A signaler toutefois l’étonnante révélation d’un Djamel Debbouze véritable comédien.
Quant à la morale de l’histoire, on est loin du « happy end » ! Tous sont déboussolés et chacun cherche un ancrage. Agathe, découvrant son autoritarisme dans le regard des autres s’aperçoit qu’elle n’est pas moins fragile que ceux dont elle voudrait être le champion. Florence qui n’est jamais sortie de la supposée indifférence maternelle à son égard, retrouve un giron compatissant dans l’affection de Mimouna, l’ancienne bonne algérienne « rapatriée » avec sa famille. Michel, largué par Florence et dépassé par le talent de son élève Karim, semble trouver une porte de sortie dans l’attention que lui porte la mère du copain de son fils ; Karim, enfin, formaté par sa culture ("je suis marié, moi !") ne semble pas loin de s’en libérer et de céder aux avances de sa collègue de travail, (Florence Loiret-Caille) qui, soit dit en passant, nous offre un étonnant morceau de bravoure de désespoir au téléphone portable.
Et puis, pourquoi bouder son plaisir de déguster un bon film divertissant du samedi soir, qui n’a rien à voir avec une comédie burlesque ni avec le gros rire franchouillard ? Par les temps qui courent, cela repose tellement de voir qu’un quotidien banal recèle tant de richesse affective et de drôlerie. On en redemande.
Pourquoi ce titre ? Réponse : « Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps, le beau temps me dégoûte et m'fait grincer les dents... » (Georges Brassens).

Arlette Welty Domon