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Cinéma

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Redacted

Redacted

USA, Canada – 2007- 1h30

Réalisation :

Réalisation et scénario : Brian De PALMA - Images : Jonathan Clift - Montage : Bill Pankow -  Décor : Philip Barker – Production : HDNfilms , Magnolia Pictures

Interprétation :

Rob Devanney, Izzy Diaz, Patrick Carroll, TY Jones, Abigali Savage, Daniel Sherman

Auteur :

Pas loin de 40 longs-métrages depuis 1968, renouvelant le film de genre : suspense, fantastique, science-fiction …  au titre desquels on compte : Obsession (1976), Pulsions (1980), Blow out (1981), Outrages (1989), Snake Eyes (1998), Le Dahlia noir (2006). Redacted (Prix mise en scène Venise 2007) reprend le thème d’Outrages.

Résumé :

Un petit groupe de soldats américains en garnison à un poste de contrôle dans une ville irakienne. La succession de points de vue différents permet de confronter l’expérience de ces jeunes soldats, non préparés psychologiquement et sans objectifs clairs, avec une réalité qui leur échappe.

Analyse :

Film de fiction, à caractère expérimental, qui pourrait être un documentaire, ou une réplique au cinéma de sites et de « blogs » d’Internet, de vidéos télé, de films amateurs tournés en DV. En somme, c’est comme si le cinéaste ne faisait que puiser dans des images existantes.   Dans la vallée d’Elah , Battle for Haditha. traitaient aussi de la guerre en Irak . C’est tout à l’honneur des cinéastes américains d’ouvrir régulièrement des chapitres sombres de leur histoire, et cela sans attendre des décennies !
Ce « spécimen » nouveau de film mérite qu’on s’y arrête, en dépit de séquences très dures. Le spectateur sort de la salle avec un goût de cendre dans la bouche…Pour quel résultat ?
Le cinéaste britannique Peter Watkins avait réalisé deux faux documentaires, qui avaient défrayé la chronique : La bombe (1966), Punishment Park (1971), dont l’objectif de dénonciation (la guerre nucléaire, les camps de redressement pour opposants politiques) prenait une dimension extraordinaire. Redacted, (en français : revu et corrigé)  est une claire et virulente dénonciation des atrocités dont l’armée américaine est jugée responsable en Irak.
Mais le véritable sujet du film n’est-il pas la façon de voir comment l’information est traitée, par des images omni présentes, surabondantes, non vérifiées, truquées ? Ce qui va provoquer une certaine distanciation (chez Watkins, c’était impossible !). Brian de Palma utilise, dans un immense bricolage, des images d’horizons et de nature différents. Et, sans cesse, elles  nous renvoient à la question fondamentale : pour soit-disant rétablir la démocratie en Irak, les USA sont allés semer l’horreur, le crime, la bestialité. À laquelle répond celle des extrémistes chiites. Le spectateur en sort édifié, peut être mieux informé ?
Ironie cruelle de la fin du film, qui enfonce le clou : le cinéaste fait défiler, à la façon exacte d’un diaporama de la toile, des photos de « dommages collatéraux », sur un air poignant de la Tosca. Ce sont des « vraies » photos (sauf deux : le meurtre de la femme enceinte, le cadavre de la fille violée) extraites d’un site Internet. Les producteurs, opposés à cette utilisation, ont imposé de masquer les yeux des victimes pour éviter d’éventuels procès…
Mais comment rendre compte de la réalité, alors que tout est reconstruit, « revu et corrigé » par le cinéaste? Où sont les images justes ? Le film ne convainc pas tout à fait quant à la méthode !

Alain Le Goanvic