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Cinéma

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Rêves de poussière

Burkina-Faso /Canada/France – 1h26 - 2006

Réalisation :
Réalisation, scénario, dialogues : Laurent Salgues - Dir. Photo : Crystel Fournier - Montage : Annie Jean - Régisseur : Sékou Traoré - Musique : Mathieu Vanasse et Jean Massicote - Son :Thierry Morlaas-Lurbe - Production : Sahelis Production
Interprétation : Makena Diop (Mocktar)- Rasmane Ouedrago (Raso) - Fatou Tall-Salgues (Coumba) - Souleymane Zouré (Paté) – Joseph B. Tapsoba (Tidiane) - Rasmane Ouedraogo (Thiam)
Auteur :

Laurent Salgues est né en France en 1967. Entre 1992 et 1996, il réalise plusieurs courts- métrages. Scénariste de TV et de cinéma. Rêves de poussière est son premier long-métrage, sélectionné dans une cinquantaine de festivals internationaux, et souvent primé.

Résumé :

Mocktar, paysan nigérien, vient chercher du travail à Essakane, une mine d’or située au nord-est du Burkina-Faso. Mais ne connaissant rien au métier d’orpailleur, il doit tout apprendre. Mocktar est hanté par la mort de sa fillette, pour cause du paludisme. Il essaye de s’habituer à sa nouvelle vie dans ce lieu étranger. Déracinement, découverte de l’autre, exploitation économique, impossibilité et désir du retour… Tels sont les thèmes du film.

Analyse :

L’histoire de cet immigré qui quitte son pays, le Niger, immense et pauvre, pour aller au Burkina-Faso, aussi pauvre mais qui dispose d’une mine d’or, objet de tous les fantasmes des hommes, nous surprend et nous touche. Elle nous invite à regarder d’autres courants migratoires que celui des pays du Sud vers le Nord. Il y a aussi l’immigration « Sud-Sud », où sévit l’exploitation économique, comme ailleurs.
Ce film est impressionniste, il dégage une ambiance où seules parlent les images et les regards de Moktar sur ce nouveau monde qu’il découvre. C’est la langue française qui sert de moyen de communication entre les gens de la mine. Peu bavard, l’immigré nigérien apprend à connaître ses collègues de travail (Raso, Paté, le vieux Thiam), et le chef de la mine narquois et méprisant. Le cycle du travail est montré avec précision : les hommes descendent dans les trous à ciel ouvert, parcours dangereux où ils risquent leur vie. Ils ramènent la terre grisâtre, elle est pilée, puis tamisée. C’est l’attente angoissée de découvrir enfin une pépite. Mocktar a cette chance. Les recettes sont réparties à raison de 2/3 pour le chef, un tiers pour les hommes. Le chef mourra assassiné, et c’est le vieux Thiam, qui devient le patron, dans tous les sens du terme. Mocktar semble toujours lointain, perdu dans ses pensées d’exilé, rongé par le regret. Le film utilise des moyens limités, sans emphase, pour exprimer la vie quotidienne, les soirées dans le cabaret du coin, où les hommes boivent en compagnies d’hôtesses. Mocktar découvre près de sa case une fillette à l’air triste, qui joue à la poupée (blonde mais au visage barbouillé de terre). Sa mère, belle femme au port altier, semble ne pas remarquer les regards de l’homme sur elle et sa fille. Par des cadrages impeccables, le cinéaste nous restitue la beauté immuable du désert, de la savane, du village accablé de chaleur, où vivent hommes et femmes pris dans le cycle de la pauvreté et de la survie. Dernier acte : Mocktar donne tout le bénéfice de la pépite d’or à la mère pour qu’elle mette sa fille à l’école. Mais il s’apercevra qu’il a été floué. Alors il repart les mains vides dans son pays. Le désert l’attend… Cette fin ouverte est en soi tout un symbole.

Alain Le Goanvic