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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Rumba

Belgique-France  2008

Réalisation :
Scénario et Réalisation: Dominique ABEL, Fiona GORDON et Bruno ROMY  ; Image : Claire CHILDERIC ; Décors : Nicolas GIRAULT ; Montage : Sandrine DEEGEN ;  Son : Fred MEERT et al. ; Production : MK2, Courage Mon Amour (ABEL-GORDON) et Canal +
Interprétation :
Dominique ABEL (Dom) ; Fiona GORDON (Fiona); Philippe MARTZ (Gérard le suicidaire) ; Bruno ROMY (le méchant)
Auteur :

Dominique ABEL (Belgique) et Fiona GORDON (Australie, Canada), nés en 1957, se sont connus en école de théâtre à Paris. Installés à Bruxelles, ils jouent ensemble depuis 20 ans un cycle de spectacles burlesques, et se sont lancés dans le cinéma avec d’abord des courts-métrages : Merci Cupidon (1994), Rosita (1997) et Walking on the wild side (2000). Bruno ROMY, normand, prof de math, gérant de supermarché, clown, régisseur de théâtre, a réalisé depuis 1987 de nombreux court-métrages. Après Merci Cupidon et L’Iceberg (2004), premier long-métrage, ABEL, GORDON et ROMY en sont avec RUMBA à leur troisième réalisation commune.

Résumé :

Passionnés de danse latino, Dom et Fiona, couple d’enseignants, ont un accident de voiture : elle perd une jambe, et lui la tête, en tous cas la mémoire. Ils sont renvoyés de l’école, leur maison prend feu, ils sont séparés l’un de l’autre. Elle le croit mort, lui a tout oublié ; mais ils se retrouvent enfin, ayant toujours rebondi, à force d’essayer, après chaque catastrophe.

Analyse :

Ce film pratiquement muet convoque irrésistiblement les grands anciens : selon les moments, Buster Keaton l’obstiné impassible, Laurel et Hardy les empotés ravageurs, Tati l’ahuri incongru... Comme dans tout vrai spectacle clownesque, l’accumulation des gags est une accumulation de malchances et de maladresses, et le comique résulte d’un excès de tragique. On rit pour ne pas pleurer : voir les démêlés navrants et hilarants de Fiona unijambiste avec ses béquilles, son sac, sa craie ; ou le martyre de Dom le pacifique soumis à la violence idiote de l’obsédé du pain au chocolat...
Mais ce spectacle délibérément naïf – aplats de couleurs criardes, cadrages fixes focalisant l’attention sur le langage des corps et de leurs mouvements, chorégraphies soulignées par la géométrie des décors – est mis au service d’une vision humaniste et optimiste que résume parfaitement, ce n’est pas un hasard, le nom de la société de production d’ABEL et GORDON : « Courage mon amour ». Amour, le film en est imprégné du début à la fin, et la tendresse, la complicité, la foi en l’autre qui unissent Fiona et Dom s’épanouissent en poésie dans les épisodes de danse rêvée qui ponctuent des moments douloureux de leur histoire. Courage, la façon dont nos héros traversent leurs épreuses sans douter jamais de leur force vitale est présentée comme la chose du monde la plus naturelle, et Gérard, le géant dépressif qui rate ses suicides, retrouve goût à la vie, pour un moment, en partageant la vie de Dom et ses exercices dynamisants.
Des bons sentiments ? Certes ! Et qui font un fort bon film.

Jacques Vercueil