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Cinéma

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Sang et Or

Iran ; 1h27

Réalisation :

Réalisation : Jafar Panahi ; Scénario : Abbas Kiarosrami ; Image : Hossain Jaffarian ; Musique : Peyman Yasdanian ; Distribution : Celluloïd deams.

Interprétation :

Hussein Emadeddin , Kaymar Sheissi, Azita Rayeji

Auteur : Jafar PANAHI est un réalisateur Iranien. Né en 1960 il a obtenu la Caméra d'or à Cannes en 1995 pour Le Ballon blanc ; En 2000 Le Cercle recevait le Lion d'or à Venise. Son 4ème film Sang et Or obtint le Prix du Jury à Cannesen 2003.
Résumé :

Partant d'un fait-divers qui l'avait fasciné, son ami Kiarostami lui en écrit le scénario ; Panahi veut comprendre la spirale de l'enfermement qui a pu mener un homme jeune à la mort. Hussein, un livreur de pizzas, sillonne de nuit les rues de Téhéran à moto pour livrer dans les beaux quartiers, tandis que le jour, avec son ami Ali en croupe, il pratique le vol à l'arraché des sacs de femmes. L'un de ceux-là lui fait réaliser l'étendue des richesses de certains, qu'il entr'aperçoit la nuit derrière les fenêtres voilées des beaux appartements de la capitale. Handicapé par sa santé, ce géant placide, faussement imperméable aux sentiments, se sent humilié par le bijoutier qu'il décide de cambrioler pour se venger.

Analyse :

Ce beau film n'est ni un "polar" (nous sommes fixés dès le début), ni un film psychologique (comme le célèbre "Des souris et des hommes"). C'est une tragédie citadine d'un être simple pris dans le labyrinthe sans issue d'une vie ordinaire. Enchâssé comme un bijou entre les admirables séquences d'ouverture et de fin où cliquettent pour se refermer sur lui les grilles du piège qui le prend comme un rat, l'écriture de Panahi nous révèle son talent de cinéaste : les variations de maniement de la caméra entre des plans fixes surcadrés, des travellings fluides en moto dans les rues encombrées, la caméra subjective de la grande séquence quasi-onirique dans le luxueux appartement de la haute ville.
La peinture sociale est fine mais acérée (c'est pourquoi ce film n'est pas prêt de passer en Iran) :
- la leçon cynique du chef des voleurs au café, seul moyen de survie pour certains,
- la traque par la milice des moeurs des jeunes bourgeois qui font la fête, et où il se fait piéger,
- l'ostentatoire et indécente richesse de la clientèle dans la bijouterie où il vivra son insupportable humiliation,
- l'abyssale solitude du riche émigré qui, lucide, lui assène: "Ici, vous êtes tous tordus!"
Mais ce film est tout sauf manichéen, il joue délicatement avec l'harmonie des contraires, Le géant pachydermique et opaque, au physique comme au mental, filmé en gros plans et plein cadre, est transparent au regard des autres, ectoplasmique même ; le sac volé est vide de valeurs mais riche de symboles qui serviront de déclic à l'histoire ; le sang qu'on voit n'en est pas et celui qui va couler de sa tête n'est pas montré ; le refus d'ouvrir sa porte va provoquer le casse de la bijouterie; la vengeance de l'humilié se retournera contre lui. L'or est frelaté et le sang n'a aucun prix ! Merci à Panahi de nous faire réfléchir à la vérité de l'humain , qu'il dit "chercher à tâtons".
(Révaz Nicoladzé)