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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Shara

Japon 1h39

Réalisation :

Réalisation et scénario : Naomi Kawase ; Images : Yutaka Yamasaki
Musique : UA ; Producteur : Nikkatsu Yomiuri

Interprétation : Naomi Kawase (Reiki, la mère de Shun), Katsuhisa Namase (Taku Aso, le père de Shun), Kohei Fukunaga (Shun Aso), Kanako Higuchi (Shouko Ito, la mère de Yu), Yuka Hyodo (Yu)
Auteur : Naomi Kawase, est née en 1969 à Nara, ancienne capitale du Japon. Auteur de quatre documentaires, elle est révélée à Cannes en 1997 (caméra d'or pour son premier long-métrage : The Weald. Shara). Son 3° long-métrage de fiction, est sélectionné à Cannes en 2003. Abandonnée à la naissance par ses parents, elle a été recueillie par un couple de personnes âgées qui l'adoptent à l'âge de 10 ans. La quête des origines demeure au centre de sa recherche cinématographique.
Résumé :

Les jumeaux, Shun et Kei, 12 ans, jouent dans la patio de la maison de leurs parents, Taku et Reiki Aso. Au cours de ces jeux, Kei brusquement disparait, comme volatilisé. Ce jour-là, la vie bascule pour la famille Aso. Cinq ans ont passé : Shun a 17 ans, il ne peut oublier le drame, malgré l'amitié tendre que lui porte la douce Yu et l'amour prévenant de ses parents. Sa mère, Reiki, attend un enfant. Son père, Taku, voudrait aider Shun à renouer avec la vie.

Analyse :

Peut-on se remettre d'un malheur ? Naomi Kawase, qui sait de quoi elle parle, va tenter avec ses images à elle, de dépeindre le "mal-être" de ceux qui ne savent que faire de leur tristesse. Mais elle n'a pas l'intention d'en rester là : elle va chercher à débusquer la vie là où elle se trouve. Pour ce faire, elle s'appuie sur la dualité de l'être : dés le premier plan, la caméra nous fait passer de l'ombre endeuillée de l'atelier où Taku entrepose ses casiers d'encre de Chine, à la lumière aveuglante de l'été japonais. La caméra s'élève lentement vers la lucarne comme vers la sortie d'un tunnel. De même au jumeau esseulé, s'offre Yu, une amie douce et silencieuse. mais ne serait-elle pas, à son insu, qu'une jumelle de substitution? Quand Shun, fou de douleur à la nouvelle que le corps de son jumeau a été retrouvé, veut quitter la maison, son père le retient fermement, dans un corps à corps bouleversant, opposant au désir de mort du jeune garçon, sa propre force de vie. A Shun, qui montre à son père le portrait de son jumeau, qu'il a peint au lycée, Taku répond silencieusement en calligraphiant à l'encre de Chine deux idéogrammes : ombre-lumière. Autrement dit : la vie. Deux évènements vont couronner ce difficile chemin de retour à la vie : d'abord la fête de rue de Bassara, organisée annuellement par Taku. Des centaines de danseurs en costumes déferlent en joyeux cortège dans le quartier qu'ils inondent de leur chant. Puis la naissance du bébé : Reiki, soutenue par son mari, entourée de sa famille, donne naissance à un petit garçon. C'est alors la "délivrance" pour elle, pour Taku et pour Shun, bouleversé. C'est peut-être cela, la "résurrection de la chair", un don de vie en contre-point de la "disparition" . Shara est un beau film, exigeant, dont il faut accepter l'écriture : des images volontairement cahotantes, à l'image peut-être du cheminement de la mémoire après un évènement tragique. (Françoise Lods)