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Cinéma

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Sicko

Etats Unis Documentaire (1h20) 2007

Réalisation :
Réalisation : Michaël Moore ; Scénario : Michaël Moore ; Acteur : Michaël Moore ; Production/Distribution :The Weinstein Co (USA) TFM Distribution (France)
Interprétation :  
Auteur :

Fils d'une secrétaire et d'un ouvrier de l'usine General Motors de Flint (Michigan), Moore milite dès le lycée puis fonde un journal alternatif, s’engage à l’extrême gauche, et dénonce l’embargo contre Fidel Castro . Il écrit et réalise depuis plus de 15 ans une série de documentaires qui sont autant de brûlots satiriques, contre notamment les pratiques douteuses de certaines multinationales (Roger et moi, The big one), le marché des armes et l’utilisation de la peur dans les médias (Canadian Bacon, Bowling for Columbine), et le président George W. Bush lui même (Fahrenheit 9/11)

Résumé :

L’argument : Renouant avec son approche de "terrain" et plus que jamais dans son style pamphlétaire, le cinéaste présente une critique tous azimuts au vitriol du système de santé de son pays et de ses effets pervers, nombre des 48 millions d’Américains sans couverture sociale renonçant souvent à se soigner ou travaillant au delà de la retraite. Il commence par dénoncer le règne de l’argent et les consignes de rentabilité données aux employés des entreprises privées d’assurance maladie, de même que le lobby de l’industrie pharmaceutique qui « achète » les membres du Congrès. Puis il poursuit, témoins à l’appui, en faisant l’éloge des systèmes de santé canadien, britannique, français et même, -horresco referens pour l’establishment US- , cubain !

Analyse :

Dès le début du film il ne s’agit certes pas pour le réalisateur de monter une argumentation qui emporterait la conviction du spectateur mais plutôt de solliciter de façon presque indécente son émotivité en lui assénant, en un enchaînement percutant d’images choc, une collection de faits scandaleusement douloureux qui risquent de l’empêcher de penser. Le réquisitoire devient global lorsque Moore avance que l’idéologie du gouvernement américain en matière de santé est d’effrayer et de démoraliser les pauvres. Parmi les points forts du film, on retiendra la malicieuse ridiculisation des conservateurs qui agitent par une propagande mensongère le spectre de la médecine socialisée au cas où la réforme du système de santé préconisée par Hillary Clinton verrait le jour ; et l’habile interview d’un respectable député britannique corroboré par le témoignage de paisibles citoyens américains qui ont choisi de vivre au Royaume Uni. En revanche lorsque Moore s’invite dans un foyer de français moyens et suscite une évocation naïve et émerveillée de notre paradis médical il ne nous convainc pas, pas plus que lorsqu’il fait le panégyrique de la médecine cubaine. Cuba est cependant vers la fin du film l’occasion d’un passage très humoristique et un peu grinçant à la Marx Brothers dans lequel Moore embarque une quinzaine de malades, sauveteurs bénévoles négligés du 11 septembre, et va réclamer pour eux à Guantanamo des soins aussi gratuits que ceux que reçoivent les bagnards ! Film de montage rapide, parodique, heurté , parfois haletant, Sicko fustige avec talent une des tares réelles de l’Amérique. Mais le ton moralisateur adopté nuit en définitive à l’efficacité d ‘un message dont le contenu reste vrai pour l’essentiel.

Jean-Michel Zucker