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Cinéma

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Still life

Chine - 2006 - 1h48

Lion d’Or Festival de Venise 2006

Réalisation :
Mise en scène: Jai Zhangke –Scénario : Jia Zhangke, Sun Jianmin, Guan Na -Images : Yu Likwai – Montage : Kong Jing Lei – Musique : Lim Giong -Production : Chow Keung, Dan Bo, Ren Zhonglun – Distribution en France : Ad Vitam
Interprétation : Han Sanming (Sanming) ; Zhao Tao (Shen Hong)
Auteur :

Jai Zhangke a réalisé en 1997 : "Xiao Wu, artisan pickpocket", puis " Platform " en 2000, " Plaisirs inconnus" en 2002, "The world" en 2005. Il est l'emblème du cinéma indépendant chinois. Témoin des contradictions de la Chine contemporaine, Zhangke (né en 1970) se révèle le très grand cinéaste de sa génération.

Résumé :

En amont du plus grand barrage du monde, la ville de Fentjié et les Trois Gorges connaissent un engloutissement inéluctable. Samming fait le voyage dans la région pour retrouver son ex-femme et sa fille, qu’il n’a pas vues depuis 16 ans. Une femme Shen Hong cherche son mari disparu depuis deux ans.

Analyse :

Film remarquable à tous points de vue : Conception, réalisation, portée humaine et politique.
C’est un film contemplatif où le regard du cinéaste s’attache au paysage transformé et aux hommes et femmes qui y vivent. Film qui gêne les autorités chinoises, car le cinéaste, avec force, met en premier plan, la solitude des hommes, face à un destin qui leur est imposé par le nouveau système économique décidé en haut lieu, sans qu’ils aient eu à en discuter.
Dès le générique, la caméra poursuit un long travelling sur des gens qui attendent un bateau sur un embarcadère. Les couleurs des vêtements, des peaux, du ciel sont comme nimbées d’un léger voile ; le cadrage des hommes et des femmes « en attente » d’un possible bateau qui les mènera sur une autre rive, dégage une force étonnante et une grande humanité. Zhangke a réalisé un documentaire sur ce même lieu des Trois Gorges (« Dong », sortie prochaine) qui de plus fait référence aux œuvres du peintre chinois Liu Xiadong, dont le style « s’appuie sur la réalité chinoise pour en traduire poétiquement ses mutations et ses torsions ».
Et c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce film symphonique et mélancolique : montrer la réalité d’un peuple soumis aux changements, et qui ne peut en saisir le sens. Film poignant, car il exprime la perte des illusions et le doute sur l’avenir de la Chine. Pris dans le courant de l’histoire, il n’est guère possible à ce peuple pauvre et déplacé de saisir les lignes du devenir ! Seules les images de Zhangke peuvent tenter de suggérer ce que subissent les personnes, « submergées » par un courant qu’elles ne peuvent contrôler. Gens pauvres qui ne possèdent rien. Mais on voit aussi, un court instant, les nouveaux « capitalistes » profiteurs du système.
Le titre « Still life » peut avoir deux sens : nature morte ou vie arrêtée ! Deux personnages créent un lien fictionnel et traversent ce monde en mutation. Ils errent à la recherche de personnes absentes, qui vont réapparaître puis disparaître, à leur manière. Destruction du couple, reconstruction possible d’une famille. La dernière image est celle d’un funambule : moment de passage entre deux mondes, entre deux vies, entre le passé et le présent, entre la fiction et la réalité. Un film qui fait date.
(Alain Le Goanvic)