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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Ten canoes

australien 1h31

Réalisation :
Réalisation, scénario et dialogues : David Mackenzie ; Images : GilesNuttgens ; Musique : David Byrne
Interprétation :
Crusoe Kurddal (Ridjimiraril), Jamie Gulpilil (Dayind/Yeeralparil), Richard Birrinbirrin (Birrinbirrin), Frances Djulibing (Nowalingu)), Peter Minygululu (Minygululu)), David Gulpilil (le conteur)
Auteur : Né en 1951 aux Pays-Bas, Rolf de Heer grandit en partie à Sumatra, puis sa famille émigre en Australie alors qu'il a 8 ans. Après avoir travaillé pendant sept ans à l'Australian Broadcasting Corporation, il étudie à l'école du cinéma, de la télévision et de la radio, puis réalise en 1984 son premier film, Sur les ailes du tigre, un film pour les enfants qui rencontrera un succès à la fois critique et commercial. Après un film de science-fiction, Encounter at Raven's Gate, il réalise en 1991 Dingo, film avec Miles Davis dans lequel ce dernier interprète son propre rôle. Il s'attaque ensuite au thème de l'enfance avec Bad Boy Bubby en 1993, remportant des prix importants (Mostra de Venise, AFI Awards), puis La Chambre tranquille en 1996, pour lequel il est sélectionné au Festival de Cannes. En 1998, il signe le déconcertant Dance me to my Song (lui aussi sélectionné à Cannes). Il réalise ensuite l'adaptation du Vieux qui lisait des romans d'amour, roman de Luis Sepulveda, tourné en Guyane française. En tournant The Tracker en 2002, il s'intéresse ensuite à l'histoire des aborigènes et rencontre David Gulpilil, qui l'entraînera dans l'aventure de 10 canoés, 150 lances et 3 épouses. Ce film a obtenu le prix spécial du Jury "Un certain regard" au Festival de Cannes 2006.
Résumé :

Un narrateur en voix-off nous raconte comment vivaient ses ancêtres autrefois. Dans ce récit apparaît un jeune guerrier qui convoite la troisième épouse de son frère aîné. Le sorcier intervient pour raconter à ce jeune homme une histoire du temps passé lui permettant de retrouver le droit chemin.

Analyse :

C'est à un superbe jeu sur des temporalités différentes que nous invite le réalisateur. La temporalité du narrateur d'abord, qu'on peut supposer être celle du XXI° siècle. Celle ensuite de cette vie dans le passé dont on peut deviner qu'elle est située avant la rencontre avec l'homme blanc et la "civilisation" occidentale. Celle, enfin, de la légende qui ne peut plus être datée, qui échappe à tout repère chronologique si ce n'est qu'elle encore plus ancienne. Pour nous guider dans le repérage de ces différentes temporalités Rolf de Heer utilise tantôt le noir et blanc (le passé des tribus) tantôt la couleur (la légende). Lorsque nous sommes dans le film noir et blanc on a l'impression très vive qu'il s'agit d'un documentaire sur les modes de vie traditionnels des aborigènes. Et cette impression est renforcée par le fait que ces personnages sont joués par les descendants de ces aborigènes. Mais le lien est très fort entre ces séquences apparemment documentaires et celles de la légende, de la fiction, puisque ces dernières existent pour éclairer le comportement des personnages du récit en noir et blanc.
Ce qui sans doute renvoie à une conception très différente de la nôtre de la différence entre le réel et la fiction. Reste alors la question : qu'est-ce qui dans ce film rend compte le plus précisément de ces modes de vie disparus ?
La nature dans laquelle se déroulent les événements de cette histoire est filmée superbement. Et ce n'est le moindre mérite de ce film que de nous donner à voir une société humaine insérée efficacement dans une nature difficile, par opposition à ce que l'on sait que cette population est devenue, sous les coups de la "modernité" . (Maguy Chailley)