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Cinéma

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Terre et cendres

Afghanistan  1H45

Réalisation : Scénario d’Atiq Rahimi et de Kambozia Partovi, cinéaste et scénariste, coauteur de Cercle de Jafar Panahi, Lion d’Or à Venise en 2000 ; Directeur de la photo : Eric Guichard ;Production : Dimitri de Clercq, France 3 Cinéma, Les Films du lendemain et Afghan Films.
Interprétation : Pour l'interprétation, le réalisateur a choisi des non professionnels : Abdul Ghani (Dastaguir) et Jawan Mard Homayoun (Yassin) qui avait 5 ans au moment du tournage, parce qu’ils ont vécu la guerre afghane.
Auteur :

Atiq Rahimi, écrivain et cinéaste afghan, est né à Kaboul en 1962 et est réfugié en France depuis 20 ans. Il y a suivi des études de communication et a tourné plusieurs documentaires en Afghanistan. En 2003 il  adapte lui-même à l’écran son roman Terre et Cendres publié en 2000. Son film a été présenté au festival de Cannes 2004 dans la section Un Certain Regard.

Résumé :

En Afghanistan, Yassin et son grand-père Dastaguir ont survécu au bombardement de leur village par l'armée russe. Assis près d’un pont et d’une route déserte, dans la poussière, le vieillard attend qu’un véhicule le conduise auprès de son fils pour le mettre au courant des évènements tragiques. Attente et poésie au pays de l’espoir mort.

Analyse :

Dès les premiers plans nous sommes avec Dastaguir, magnifique vieillard à barbe blanche, assis par terre contre un mur, accompagné de Yassin, son petit-fils de 6 ans, au bord d’une route nue et terreuse, poussiéreuse et aride. Il attend qu’un camion passe et s’arrête pour le conduire à la mine de charbon où travaille son fils Mourad, le père de Yassin. Instant souhaité et redouté, ce départ le ronge car il doit annoncer à Mourad que leur village a été bombardé par les Russes, que sa femme et sa mère sont mortes et que son fils est désormais sourd. Les longs plans fixes et larges qui s’enchaînent sur ce paysage épuré traduisent un temps en suspend, en pointillés, comme un souffle retenu avant de dire ce qu’on ne peut pas dire. Saluons ici le travail du directeur de la photo, Eric Guichard, qui a su « embrumer » les plans et rendre une atmosphère tragiquement belle. Les rares véhicules qui passent sur cette route oubliée deviennent des fantômes fugaces enveloppés de poussière, qui disparaissent vers le néant. Métaphore sur l’existence, les trois âges de la vie sont personnifiés par Yassin, l’enfance, Mourad, l’âge mur et Dastaguir, la vieillesse, mais sont atrophiés par les circonstances de cette guerre qui perdure et qui existe hors champ. On parle de la guerre et de ce qu’elle a détruit mais on ne la voit que dans le cauchemar qui habite en permanence la mémoire de Dastaguir qui revit sans cesse ce drame. Yassin vit désormais en dehors du monde, Mourad n’apparaît pas à l’écran, signe d’une génération « zappée » et Dastaguir doit tout assumer, la mémoire de tous et le futur amputé de son petit-fils.
D’autres personnages habitent quelques instants ce désert : le gardien de la route de la mine, peu aimable et à l’abri des questions dans une guérite, une jeune femme dont on ne connaît pas le visage puisqu’elle porte une burga, sa fille, qui met un peu de vie en jouant avec Yassin, et un marchand de tout et de rien qui philosophe sur l’existence et va garder Yassin durant l’aller-retour à la mine, de Dastaguir.
Tourné de septembre à novembre 2003 dans le Nord de l’Afghanistan avec une garde rapprochée dans les derniers temps du travail pour garantir la sécurité de l’équipe de cinéma, ce film traduit poétiquement le fragile espoir d’un homme désespéré aux larmes sèches. Peut-il encore croire en l’avenir de l’humanité alors que toute source de vie autour de lui est devenue stérile, tarie, brûlée détruite ? Le drame afghan nourrit-il vraiment cette terre pour la faire revivre ? Et ce pont entre deux rives ramènera-t-il Dastaguir et Yassin vers une existence heureuse ? Réponse dans les yeux de Dastaguir.

Corine Eugène dit Rochesson