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Cinéma

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The Last Show

USA 2006 1h45

Réalisation :
Réalisation :Robert Altman ; Scénario : Garrison Keilor. Photographie : Ed Lachman ; Montage : Jacob Craycroft. Costumes : Catherine MarieThomas ; Musique arrangée et dirigée par Richard Dworsky ;Producteurs : W. Pohlad, J. Penotti, F. Stevens, G. Sheanshang ; Distribution : Bac Films
Interprétation :
Meryl Streep (Yolanda Johnson), Lily Tomlin (Rhonda Johnson), Garrison Keillor (G.K.), Kevin Kline (Guy Noir), Virginia Madsen (La femme mystérieuse), John C. Reilly (Lefty), Woody Harrelson(Dusty), Maya Rudolph (Molly), Lindsay Lohan (Lola Johnson), L.Q. Jones (Chuck Akers), Marylouise Burke (Dame du déjeuner), Tommy Lee Jones (L'exécuteur) Musiciens : The Guys All-Star Shoe Band
Auteur :
Altman crée en 1963 sa maison de production. Il obtient en 1970 avec son satirique M.A.S.H. la Palme d'or au Festival de Cannes, et aborde ensuite, en bousculant leurs codes, plusieurs registres (western : John McCabe 1971 ; polar : Le Privé 1973 ; film intimiste : Trois femmes 1977). Son regard ironique voire cynique sur ses semblables et la société s’épanouit dans les années 90 avec The Player. 1992 ; Prêt-à-porter 1994 ; Short cuts 1993 (Lion d'or à Venise) ; Kansas City 1996. Le titre original et beaucoup plus richement connoté de The Last Show, son opus ultime, est « A prairie home companion ». : lancée à l’antenne il y a plus de 25 ans, cette émission bien réelle,- écrite, produite et présentée par le scénariste du film, humoriste et écrivain très populaire outre-atlantique- est un phénomène radiophonique suivi dans 35 millions de foyers à travers le monde.
Résumé :

Un samedi pluvieux à Saint Paul (Minnesota), la foule se presse au Fitzgerald Theater pour assister à ce show hebdomadaire présenté en direct, avec bagout mais plus de détachement ce soir que d'habitude, par G .K. le génial maître de cérémonie. Ses vedettes soul et country- les Johnson Sisters, duo de chanteuses démodées ; Dusty et Lefty, héros d'un numéro de cow-boys à l'humour douteux - et ses amuseurs rétro ont survécu glorieusement au règne de la télévision et s'apprêtent à entrer en scène. En coulisses, le chef de la sécurité, un ancien privé nommé Guy Noir, poursuit une jeune femme mystérieusement venue d’ailleurs. La station de radio vient d'être vendue à un groupe texan. Ce show est peut-être le dernier, mais le spectacle doit continuer.

Analyse :
Encadré par deux plans de crépuscule, le dernier film d’Altman, coïncidence ou prémonition de la mort proche, est un pur moment de douce nostalgie porté par une communauté d’acteurs dont chacun se réalise à tout instant sans vedettariat avec un talent, une générosité, un abattage, un humour, un charme, bref un professionnalisme qui valorise une époustouflante performance globale. L’émotion provoquée dans ce groupe d’artistes par la fin programmée d’une émission qui a été leur raison de vivre les met dans un état second de mélancolie joyeuse, sous le regard pudique et attendri d’Altman complice de l’ intarissable logorrhée des sœurs Johnson, des désopilantes blagues pourries de Dusty et Lefty comme de la faconde de G.K. La grâce constante de ce film tient- outre une bande musicale country planante de très grande qualité- à l’authenticité absolue de cette troupe de bateleurs qui ira jusqu’au bout de ce show, humblement mais avec panache, sans prétention mais avec fierté, entraînant, loin de toute fade sentimentalité, le spectateur dans ses rires et dans ses pleurs, en créant, en vivant et en nous montrant que sur scène comme en coulisses ils font le plus beau métier du monde. La fluidité, l'élégance, et la virtuosité de la réalisation sont admirables : dans l’espace clos du théâtre où tout se joue, les plans apparaissent, vivent et se dissolvent tandis que la caméra ondule magiquement de la scène aux loges constellées de miroirs, contournant et enveloppant amoureusement les corps et les visages expressifs des artistes qui s’ébrouent dans cet aquarium- une Amérique comme on l’aime- menacé par un prédateur texan.
(Jean-Michel Zucker)