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Cinéma

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The secret life of words

Espagne, 2004, 112 min

Réalisation : Réalisation et scénario : Isabel COIXET; Directeur de la photographie : Jean-Claude LARRIEU ; Production : El Deseo, MedioaPro, TVE
Interprétation : Sarah POLLEY ( Hanna) - Tim ROBBINS ( Josef) - Javier CAMARA ( Simon) - Julie CHRISTIE ( Inge)
Auteur :

Isabel Coixet est une jeune réalisatrice espagnole, soutenue par les frères Almodovar. Son 5ème film, « The secret Life of words » a remporté 4 récompenses lors de la dernière cérémonie des Goyas en Espagne (meilleur film, meilleure mise en scène, meilleur scénario, meilleure direction de production).

Résumé :

Hanna est une ouvrière productive, ponctuelle, silencieuse. Jamais un retard, jamais une défaillance. Elle a un léger accent, venant de l’étranger. Elle vit seule. Suite à une convocation, le directeur de l’usine lui demande de prendre des congés pour se changer les idées. Un hasard la fait atterrir sur une plate-forme pétrolière. Un ouvrier, Josef, après une explosion, doit être soigné sur place avant d’être pris en charge à terre. Hanna arrive sur cette plate-forme où la rencontre de ses habitants va la faire sortir de sa banalité et de son enfermement.

Analyse :

Ce film nous propose de nous souvenir d’une tragédie, à travers le personnage de Hanna. Nous la découvrons dans la première partie du film, dans sa vie organisée, structurée, ordonnée jusque dans les plats qu’elle mange. L’indifférence pour le monde qui l’entoure nous fait soupçonner qu’il y a quelque chose d’étrange chez elle. Comme une impression d’être emmurée vivante, dans son silence. La grâce de cette jeune réalisatrice est de nous faire découvrir une jeune femme dévorée par l’horreur, sans pathos, sans chercher l’empathie. Hanna se laisse approcher par le spectateur, tout doucement, jusqu’au chuchotement de son secret.
Dans le cas d’une tragédie personnelle, ce film nous laisse penser qu’un lieu et des rencontres provoquent une catharsis. Ici, c’est une plate-forme pétrolière, un ouvrier aveugle, un cuistot épris de grande cuisine, un directeur de site mélancolique, un scientifique qui compte les vagues et une oie, qui font les médiateurs. Mais se remet-on un jour d’un cauchemar ? La réalisatrice nous laisse penser que le pire ne serait pas de se remettre mais d’oublier ce qui s’est produit. La discrète dédicace à la dernière image nous met en perspective les propos de son film : un témoignage tout en pudeur et plein de dignité, de la part d’une femme.
« The secret life of words » nous invite à ne pas nous arrêter à la première apparence des mots. Mais de détecter leur seconde vie derrière ce qui apparaît comme de la banalité, de la provocation. Comme l’a dit un jour le Petit Prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »

Anne-Laure Dumortier