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Cinéma

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The Visitor

U.S.A. 2007 - 1h 45

Grand prix du festival de cinéma américain de Deauville 2008

Réalisation :

Scénario et réalisation : Thomas McCarthy – Directeur de la photographie : Oliver Bokelberg – Assistants réalisateurs : Mariela Comitini et Nicholas R. Bell – Musique : Jan A. P. Kaczmarek – Montage : Tom McArdle - Distribution : TFM Distribution.

Interprétation :

Richard Jenkins (Professeur Walter Vale), Haaz Sleiman (Tarek Khalil), Danai Jekesai Gurira (Zainab), Hiam Abbass (Mouna Khalil).

Auteur :

Thomas MacCarthy est né en 1962. Il est acteur au cinéma et à la télévision mais aussi scénariste. Il nous a déjà offert une première réalisation en 2003 , "The station agent", film de cœur et de rencontres réunissant un nain, un cubain et une « gaffeuse ». Il reçoit cette année le grand prix du Festival de cinéma américain de Deauville pour « The visitor ». Il devient, à ce titre, l’un des représentants du cinéma américain indépendant.

Résumé :

Comment Walter, un professeur d’économie du Connecticut, vaguement dépressif, n’aimant que la musique classique et s’essayant au piano en souvenir de sa femme peut-il sortir de sa routine ? Forcé de se rendre à New York pour un colloque, il découvre son ancien appartement occupé illégalement par un couple, Tarek et Zainab, eux-mêmes victimes d’une escroquerie. Un réflexe humain d’hospitalité sera le point de départ d’une amitié entre les deux hommes. Ensuite la musique fera le reste, lorsque Tarek apprend le djembé à Walter.
Un banal contrôle dans le métro et Tarek se retrouve dans un centre de détention pour sans-papiers dans le Queens. Walter fera l’apprentissage de la condition de vie des immigrés, rencontrera Mouna, la mère de son ami. Il sera le seul visiteur de Tarek et investira son temps dans des démarches vaines jusqu’à se sentir un peu plus concerné par « l’autre », grâce à cette rencontre.

Analyse :

Le cinéma américain a toujours rempli sa fonction d’exutoire. En mettant en scène les histoires de Far West et la guerre du Vietnam il parlait à sa mauvaise conscience. Ce film pourrait s’inscrire dans la production post 11 septembre 2001 qui vise à évacuer au mieux ce traumatisme mais plutôt que de traiter les spectaculaires menaces terroristes contre l’empire, il adopte un genre plus intimiste, à la manière européenne.
Film sur les sans-papiers du côté de l’Amérique que l’on pourra mettre en parallèle avec ce qui se passe chez nous. Film sur le réel, avec une histoire simple, avec de vrais gens aux vrais sentiments, sans lustre hollywoodien. Chaque personnage a pourtant sa face cachée, sa petite culpabilité mais ce sont des gens « biens », comme le monde en est rempli si on veut bien les voir.
Film sur l’amitié basée sur le partage de la musique et qui bascule dans sa deuxième partie, dénonçant l’iniquité des codes barbares et xénophobes de nos sociétés ravagées par le soupçon. L’ironie de l’histoire nous est signalée par une simple affiche dans le centre de détention, qui fait référence au « melting-pot » américain, vestige du temps où tous les hommes de bonne volonté étaient les bienvenus…
En contrepoint des êtres humains, la ville de New York a toujours en mémoire sa réputation de ville des immigrants. Chaque quartier est filmé comme un territoire : Central Park lieu culturel où le mélange est roi, le Queens et sa déprime, le passage sur le ferry vers la statue de la liberté, ou même le métro.
« The » étant l’article singulier, quel est ce « visitor » du titre ? Walter, en invité chez lui, ou en visiteur de prison ? Tarek en tant qu’étranger ? Mais il ne sera pas non plus chez lui dans son pays d’origine… Alors qui est le visiteur de qui ?
Nous sommes toujours l’étranger de quelqu’un….

Arielle Domon