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Cinéma

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Truman Capote

USA – 2006 – 1h50

Réalisation : Réalisateur : Bennet Miller ; Scénario : Dan Futtermann, d’après le livre de Gerald Clarke « Truman Capote » ; Image : Adam Kimmel - Montage : Christopher Tellefsen – Décors : Jess Gonchor ; Musique : Mychael Danna - Cie Production : United Artists et Sony Pictures Classics
Interprétation : Philip Seymour Hoffman (Truman Capote), Catherine Keener (Nelle Harper Lee), Clifton Collins (Perry Smith), Chris Cooper (Alwin Dewey), Mark Pellegrino (Dick Hickock)
Auteur :

Le premier film de Bennet Miller est un documentaire : « The Cruise ». Avec « Capote », il signe son premier long-métrage. Golden Globe 2006 et Philip Seymour Hoffman a remporte l’Oscar 2006 du meilleur acteur.

Résumé :

Le célèbre écrivain new-yorkais, connu entre autres pour « Petit déjeuner chez Tiffany » (1958), découvre dans le journal un terrible fait divers, le massacre d’une famille dans le Kansas. Nous sommes en 1959. Il téléphone à son éditeur pour l’informer qu’il va mener son enquête personnelle, car il a la forte intuition qu’il tient la matière de son prochain livre. Plutôt regardé avec méfiance par le policier chargé de trouver les meurtriers (deux SDF en mal d’argent), Capote trouve le moyen de s’immiscer dans la vie de l’un des deux: Perry Smith, qui exerce sur lui une véritable fascination. Capote financera des avocats, qui vont permettre de repousser l’échéance de l’exécution, d’appel en appel… Mais le livre (« De sang froid ») ne pourra vraiment être terminé que lorsque Perry aura avoué à l’écrivain le mobile et les circonstances du crime. Finalement, il sera exécuté avec son complice en 1965. Le livre sera édité la même année.

Analyse :

Que nous laisse ce film, une fois l’émotion passée ?
- Le portrait d’un homme mondain, sarcastique et horripilant de futilité apparente, qui va connaître, dans un processus inhabituel de création, une fixation trouble sur un homme ordinaire, reconnaissant en lui une sorte de frère d’infortune (enfance difficile, solitude). L’acteur est formidable, car il exprime par ses regards, ses silences, ses gestes, toute l’ambiguïté de l’écrivain qui va manipuler un homme pour mieux assurer la réussite de son oeuvre. On assiste à une sorte de vampirisation. Mais, à la fin, c’est Capote qui semble exsangue !
- Le récit sans emphase de l’écriture d’une « non-fiction », qui influencera la littérature américaine de façon définitive. Mais nous sommes au cinéma : plans larges et fixes, couleurs pastel ; on prend le temps de regarder un champ de blé, la maison du crime au coucher du soleil, une route. Quelques flash-back viennent apporter des éléments visuels de l’histoire : la découverte du crime, plus tard le crime lui-même (montré en plusieurs plans morcelés).
Ce premier film est en soi un événement. Les images, les sons, le montage lent et rapide à la fois, donnent à voir cette étrange relation que l’écrivain noue avec Perry, prêt à sacrifier sa propre conscience, pour décrire de l’intérieur la motivation d’un crime qui, de fait, n’est pas commis « de sang froid », mais dans une sorte de panique chaotique.
Il faut voir ou revoir le film de Richard Brooks réalisé en 1967, qui a le même titre que le livre… Les deux films se complètent très bien !

Alain Le Goanvic