Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

TULPAN

Kazakhstan - 2008 - 1h40

Réalisation : Réalisation : Sergueï Dvortsevoy - Scénario et dialogues : Sergueï Dvortsevoy, Gennadij Ostrowskij - Photo : Jolanta Dylewska - Son : Eric Tisserand, William Schmidt
Interprétation : Askat Kuchenchirekov (Asa), Tulepbergen Baisakalov (Boni), Samal Eslyamova (Samal), Ondasyn Besikbasov (Ondas)...
Auteur :

Sergueï Dvortsevoy est de nationalité kazakh. Il est né en 1962. Il a d’abord réalisé des documentaires avant de livrer ici son premier long-métrage de fiction. "Tulpan" a obtenu la Caméra d’Or lors du Festival de Cannes 2008.

Résumé :

Après son service militaire, le jeune marin Asa retourne à la steppe kazakh où sa soeur et son mari berger mènent une vie nomade. Pour commencer sa nouvelle vie, Asa doit se marier d’abord avant qu’il puisse devenir berger lui-même. Le seul espoir est Tulpan, la fille d’une autre famille de bergers. Mais le pauvre Asa est déçu quand Tulpan le rejette en disant que ses oreilles sont trop grandes. Asa persévère et continue de rêver d’une vie qui n’est peut-être pas possible sur la steppe.

Analyse :

Comment être berger kazakh dans la steppe alors qu’on est célibataire ? Ce mode de vie repose sur une complémentarité des taches entre homme et femme. En jetant son dévolu sur Tulpan (qu’il n’a jamais réellement vue) Asa va voir son amour propre blessé et son projet ébranlé. Mais sont-ce réellement les grandes oreilles d’Asa que rejette Tulpan ? Ou le sort que lui réserverait son union avec un berger nomade ? Cette opposition entre la vie traditionnelle dans la steppe et l’attrait de la modernité en ville (Tulpan rêve d’aller au collège, soutenue dans ce projet par sa mère), sous-tend tout le film. Mais Asa, lui, reste ferme sur son projet malgré l’hostilité de son beau-frère, berger expérimenté, qui lui reproche son incompétence et sa méconnaissance des codes de survie dans ce territoire. De nombreuses scènes de cette vie traditionnelle nous sont montrées, sans que le réalisateur cherche à enjoliver un mode de vie dont on comprend bien la dureté. Ses oeuvres précédentes, des documentaires, l’ont bien préparé à ce "réalisme", sans folklore ni description touristique. Ce qui n’empêche pas le plaisir des yeux devant ces paysages. Quelques éléments de "modernité" apparaissent : ainsi le transistor qui permet au jeune fils de suivre les nouvelles du monde entier et de les redire à son père (qui semble envisager pour lui un tout autre avenir que celui de berger...), l’engin à moteur qui apporte de l’eau et dans lequel braille une musique tonitruante, le triporteur du vétérinaire transportant un bébé chameau suivi par sa mère possessive.... La mise en fiction de cet univers permet de s’attacher à des personnages concrets tout en restant dans une description qui apparaît authentique. Mais on s’attriste en pensant à la disparition annoncée de ces modes de vie et l’on comprend le souci qu’a le réalisateur de nous les faire connaître avant qu’il ne soit trop tard.

Maguy Chailley