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Cinéma

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Un baiser s’il vous plait

France 2007 1h40

Réalisation :
Réalisation et Scénario : Emmanuel Mouret ; Photographie : Laurent Desmet ; Montage : Martial Salomon ; Son : Maxime Gavaudan. Production : Moby Dick Films, Canal Plus, Arte ; Distribution : TFM distribution.
Interprétation : Emmanuel Mouret (Nicolas), Virginie Ledoyen (Judith), Julie Gayet (Emilie), Michël Cohen (Gabriel), Stefano Accorsi (Claudio).
Auteur :

Né à Brioude et ancien élève de la Fémis, il a également fait des études d’Art Dramatique et avoue son admiration pour Éric Rohmer, Sacha Guitry et le burlesque américain. Dans ses deux premiers films (Promène toi donc tout nu et Laissons Lucie faire) comme dans le 4ème (Changement d’adresse) il interprète le personnage principal d’un amoureux maladroit. En 2004, un conte sentimental, Venus et Fleur, était présent à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs.

Résumé :

En déplacement pour un soir à Nantes, Emilie rencontre Gabriel. Séduits l’un par l’autre mais ayant déjà une vie, ils savent qu’ils ne se reverront sans doute jamais. Il aimerait l’embrasser ; elle aussi, mais le souvenir d’une histoire l’en empêche : celle de son amie Judith, mariée, et du meilleur ami de celle-ci, Nicolas, surpris tous deux par les effets d’un dangereux baiser qui devait être sans conséquence…

Analyse :

Nombreux sont les auteurs-acteurs, -Keaton, Tati, Etaix, Allen…- qui ont dû bénir les éveils cinématographiques d’un auteur qui, comme Sacha Guitry aime l’amour et le désir, et d’un acteur qui cultive avec bonheur et originalité son tempérament d’ahuri lunaire et de doux naïf loufoque. Dans le droit fil de ses films précédents, Emmanuel Mouret construit ici dans un style très personnel - à contre courant des assouvissements sexuels hâtifs et récurrents et dans l’exaltation du suspense amoureux - une comédie de dialogues romantique et sentimentale, en forme de conte moral, qui, délicatement désuet et au risque pour certains de l’affectation ou de la mièvrerie, renouvelle et modernise la rhétorique du marivaudage. Est-il rien de plus anodin que ce baiser que Gabriel convoite avec patience et que la douce et un peu froide Emilie brûlerait de lui accorder n’était, subtilement entrelacée avec la sienne et délicieusement rythmée par la musique de Schubert, l’édifiante histoire racontée par elle de Nicolas dont l’inextinguible incendie des sens a fait basculer Judith et dévasté, malgré le rempart d’un raisonnement prétendument altruiste, la vie affective de leurs compagnons ? Chez Mouret les visages les regards et les paroles osent et s’étonnent vertueusement de ce qu’ils ont osé, et un érotisme retenu mais capiteux s’aiguise de l’apparente innocence des mots qui enflamment le désir. Le résultat ne se fait pas attendre : c ’est un film qui donne envie d’embrasser !

Jean-Michel Zucker