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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Un conte d’été polonais

(Stuczki)

Pologne, 2008, 1h32mnn

Réalisation :
Réalisateur et scénariste : Andrej Jakimowski - Photographe : Adam Bajerski - Compositeur : Tomasz Gassowski - Monteur : Cesary Grzesiuk - Costumière : Olga Staszko - Distribution : KMBO France.
Interprétation : Damian Ul (Stefek), Evelyna Walendziak (Elka), Rafal Guzniczak (Jerzy), Tomasz Sapryk (le Père), Iwona Fornalczyk (la Mère), Joanna Liszowska (Violka), Grzegorz Stelmaszewski (Turek), Simeone Matarelli (Leone), Roma Baranowicz (Pigiel).
Auteur :

Né en 1963 à Varsovie, Andrzej Jakimowski est diplômé en philosophie. Il est auteur de documentaires, comme La ville des ombres, ou 32, rue Wilcza. Il autoproduit en 2002 son premier long métrage Plisse les yeux (zmruz oczy) qui reçoit de nombreux prix en Pologne et le Prix FIPRESCI à Mannheim. Ce deuxième long-métrage a été couvert de prix dont ceux de la Lanterne Magique à Venise, du grand prix et du prix FIPRESCI à Bratislava.

Résumé :

Stefek, 10 ans, est élevé par sa grande sœur de 17 ans, Elka. Délaissé par son père qui a quitté la maison, il vit dans son monde imaginaire et observe les trains dans la petite gare de son village polonais. Il y croise un jour un homme qu'il pense être son père. Stefek se persuade alors qu'il peut en semant ses pièces de monnaie sur les rails et en jouant de ses soldats de plomb "porte bonheur" forcer le destin et ramener son père au foyer.

Analyse :

Inspiré de son aveu même de la relation de l’auteur à sa sœur, à qui il est dédié, le film évoque le monde ludique et poétique de l’enfance, la dimension tragique et comique de la vie, et la prégnance du hasard dans le destin des hommes. Il s’agit bien d’un conte, d’une histoire lumineuse et tendre dépourvue de mièvrerie, de pathos ou de vaine violence dans lequel les adultes sont vécus à travers les yeux attentifs, sérieux et singulièrement matures d’un enfant privé de son père qui entreprend de déployer ses pouvoirs magiques pour le faire revenir.
Le destin, avec lequel, comme chez Kieslowki, le petit garçon va jouer, non sans conduites superstitieuses et petits paris, s’incarne dans l’homme de la gare, le père supposé, figure énigmatique obscurément attirée par Stefek. Celui-ci accède sous nos yeux à cette toute puissance des adultes chaque fois qu’il réussit, combinant à l’instar d’un subtil alchimiste leurs attributs - canne, casquette, cigarette et claquement de doigts -, à provoquer, en un leit-motiv lyrique qui ponctue le film, l’envol des pigeons vers la liberté.
Comme tous les contes c’est aussi une histoire de famille, l’histoire ici d’une souffrance familiale enchâssée dans la trame néoréaliste poétique de la vie quotidienne d’une petite ville ; et c’est à chaque méandre des digressions narratives organisées autour de la vie de Elka et de Stefek que le hasard, -le kairos si on sait le comprendre et en tirer parti-, va mystérieusement se manifester, réactivant l’intérêt du spectateur.
Dans ce film quasi muet, éclairé par la lumière dorée du soleil et de l’affection merveilleuse entre le frère et la sœur des contes, les images prennent tout leur sens, alternant des séquences où la caméra poursuit souplement la quête du père par le fils et des plans fixes qui laissent le temps à l’enfant de mettre en place ses sortilèges, cependant que les bouffées guillerettes d’un soubassophone narquois entraînent le film vers sa conclusion : la reconnaissance mutuelle pudique de Stefek et de son père.

Jean-Michel Zucker