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Cinéma

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Une famille brésilienne

Brésil, 2008, 1h48

Réalisation : Walter Salles, Daniela Thomas - Scénario et dialogues : Daniela Thomas, George Moura, Braulio Mantovani - Photo : Mauro Pinheiro Jr - Décor : Valdy Lopez - Son : Leandro Lima - Montage : Gustavo Giani, Livia Serpa - Musique : Gustavo Santaolalla
Interprétation : Sandra Corveloni, Vinicius de Oliveira, Joao Baldasserini, José Geraldo Rodrigues, Kaique Jesus Santos, Ana Carolina Dias
Auteur :

Walter Salles est né en 1956 à Rio de Janeiro. Il est réalisateur, producteur, scénariste, monteur. Il commence sa carrière cinématographique dans les années 1980 en réalisant des documentaires. Sa première fiction date de 1991 : A grande arte. Suivra Terre lointaine en 1995. C'est Central do Brasil qui lui assurera une renommée internationale, en 1998. Ce film obtiendra l'Ours d'or à Berlin. En 2004, avec Carnets de voyage, il s'intéresse à la jeunesse de Che Guevara.
Daniela Thomas est également brésilienne. Née en 1959, elle est réalisatrice, productrice, scénariste. A déjà collaboré plusieurs fois avec Walter Salles (Terre lointaine, Central do Brasil).
Présenté à Cannes en 2008, Une famille brésilienne a obtenu le prix d'interprétation féminine pour Sandra Corveloni.

Résumé :

Sao Paulo. 20 millions d'habitants, 200 kms d'embouteillage, 300 000 coursiers. Au coeur de cette ville en transe, quatre frères essaient de se réinventer de manières différentes. Reginaldo, le plus jeune, cherche obstinément son père ; Dario rêve d'une carrière de footballeur, mais l'âge, 18 ans, le rattrape ; Dinho se réfugie dans la religion tandis que l'aîné, Denis, déjà père d'un enfant, gagne difficilement sa vie. Leur mère, Cleusa, femme de ménage qui élève seule ses quatre enfants nés de pères différents, est à nouveau enceinte. A l'image d'un Brésil en état d'urgence et en crise identitaire, tous cherchent une issue.

Analyse :

Ce film est une symphonie sur la misère ordinaire et digne, à Sao Paulo.
Des images superbes magnifient des foules communiant dans le spectacle sportif : envolées de mains qui s'agitent, corps qui se dressent, gestes de prière, dans l'exaltation du dieu football. Et ces mains qui prient se fondent alors dans celles qui prient Jésus, dans des cérémonies d'églises évangélistes......
Dans la famille de Cleuza, les fils vouent un culte, qui les aide à vivre, à divers objets : le football pour Dario, Jésus sauveur pour Dinho, la débrouille et la drague pour Denis, et la quête du père pour Géraldino. Et l'on passe de l'un à l'autre, dans un savant chassé croisé. Walter Salles se révèle aussi habile à suivre le ballon de Dario sur le terrain de foot que la moto de Denis dans les embouteillages terrifiants de la ville. Et les raccords, d'un itinéraire à l'autre, sont le plus souvent très astucieux.
Comment rester honnête dans cet univers bouché ? Comment échapper aux embrouilles et garder sa dignité ? Seule la mère, tient ferme la barre de l'honnêteté. Ses fils s'essayent, eux, avec plus ou moins de réussite, à tracer leur chemin dans une société qui ne leur offre guère de perspectives. Joués par des acteurs non professionnels (à l'exception de Cleusa et de Dario), les personnages sont criants de vérité. Et il est vrai que le scénario s'appuie sur des histoires vraies.
Très beau film qui enlace les destins les uns autres sans aucune lourdeur démonstrative. On regrette, à ce propos, que la traduction française du titre ne rende pas compte de la métaphore contenue dans le titre original "Linha de passe", qui désigne un échange de passes au sein d'une même équipe de football sans que le ballon touche le sol et soit intercepté par l'équipe adverse.

Maguy Chailley