Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Une famille chinoise

Chine 2008 ; durée, 1H55

Réalisation :

Scénario et réalisation : Wang Xiaoshuai - Image : Di Wu - Musique : Liu Da - Coproduction : Qinghong Debo, WXS Production, Stellar Megamedia - Distribution : Sophie Dulac Distribution.

Interprétation :

Liu Weiwei (Mei Zhu), Jiayi Zhang (Xiao Lu), Chen Taisheng (Lao Xie), Yu Nan (Dong Fan), Chugian Zhang (Hehe)

Auteur :

Agé d’une quarantaine d’années, Wang Xiaoshuai fait partie de la nouvelle génération de cinéastes chinois. Il a réalisé neuf films dont la plupart (entre autres Une famille chinoise) ont été interdits en Chine. Son cinéma se consacre avant tout à la description de la vie quotidienne et sociale, à la peinture de couples et de familles à la dérive. Parmi ses films les plus connus, il faut citer Beijing Bicycle (Ours d’or au Festival de Berlin 2001)) et Shanghai Dreams qui a obtenu le prix du jury au Festival de Cannes 2005. Une famille chinoise a reçu l’ours d’argent du meilleur scénario au Festival de Berlin 2008.

Résumé :

Lao Xie et Mei Zhu sont mariés. Ils élèvent Hehe, petite fille de quatre ans que Mei Zhu a eue d’un premier mariage avec Xiao Lu. Ce dernier s’est remarié avec Dong Fan. Mais Hehe est malade, une leucémie. Seule une greffe de moelle osseuse pourrait la sauver. Pour cela il faut un donneur compatible. Seule solution : un nouvel enfant que concevraient Mei Zhu et Xiao Lu.

Analyse :

Tel est l’enjeu. S’il est situé dans le contexte particulier d’une Chine où la politique de l’enfant unique leste la situation d’une gravité particulière, il s’agit avant tout d’un drame à l’échelle humaine que l’on pourrait retrouver en de multiples autres lieux. Ce drame, Wang Xiaoshuai le met en scène dans une géométrie de construction qui, en raison des constellations en regard qu’elle installe et des flux de sentiments qui en structurent ou en déforment les lignes, n’est pas sans rappeler celle des tragédies classiques. Et si la passion amoureuse est en général l’élément moteur de celles-ci, ici l’élément déclencheur est l’amour maternel et la détermination absolue, opiniâtre, inflexible, de Mei Zhu à vouloir amener son ancien mari, Xiao Lu à l’acte qui pourrait sauver sa fille Hehe.
Un tel sujet constituait le terreau rêvé pour un mélo, mais Wang Xiaoshuai fuit l’excès. Il se cantonne dans le mesuré, le pudique, avec une mise en scène sobre dont les nombreux plans fixes privilégient la distanciation sur l’identification. Quant aux personnages, issus de la classe moyenne, leurs personnalités sans relief particulier ont pour effet de souligner la possibilité d’occurrence universelle d’une telle situation. Même souci de «gommage » dans l’interprétation : le déchirement des uns et des autres reste le plus souvent intérieur et s’exprime davantage par le silence et le regard que par des abus de mots ou de larmes. On avait un peu oublié dans le cinéma contemporain que la litote est plus convaincante que l’abus de signifiant, et qu’elle est aussi plus digne et plus respectueuse. Wang Xiaoshuai nous le rappelle avec talent.

Jean Lods