Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

affiche

Une jeunesse chinoise

Titre original : Yihe yuan (Summer Palace)

Durée : 2h20. : 2006

Réalisation :
Réalisation : Mise en scène et scénario : Lou Ye ; Directeur de la photographie : Hua Qiing. Compositeur : Peyman Yazdanian ; Monteur : Lou Ye. Décorateurs : Liu Weixin et Dorothée Von Bodelschwingh ; Coproduction Franco-Chinoise avec la société Rosem Films qui a un bureauà Pékin. Distribution : Océan Films, France.
Interprétation : Hao Lei (Yu Hong), Guo Xiaodong (Zhou Wei), Hu Ling (Li Ti)
Auteur :

A 41 ans Lou Ye a réalisé 3 longs métrages : « Week-end lover » en 1994 (prix Fassbinder au festival de Manheim), « Suzhou River » en 2000 (distribué en Europe mais interdit en Chine), « Purple Butterfly » en 2003 (en compétition au festival de Cannes). "Summer Palace", présenté au festival de Cannes en 2006 en compétition officielle a été interdit en Chine. Son réalisateur et son producteur ont été saisis d'une interdiction de tournage pendant cinq ans.

Résumé :

Yu Hong a 17 ans en 1987. Elle quitte sa ville à la frontière de la Corée, et son premier amant, pour Pékin et l'université proche du Palais d'Eté. On entendra tout au long du film, en voix off, des passages de son journal intime. L'amitié immédiate qu'elle découvre avec Li Ti, sa voisine dans le campus, lui permettra de sortir de sa réserve et de rencontrer son grand amour : Zhou Wei. La première moitié du récit atteint 1989 et les révoltes étudiantes sur la place Tian An Men où les émois personnels rejoignent la violence collective. L'après, c'est la vie qui continue avec l'exil vers Berlin pour les uns, la dérive vers le sud de la Chine dans des villes de plus en plus occidentalisées. La nostalgie de la jeunesse et la perte des idéaux de liberté va décider du sort de chaque personnage que nous suivrons jusqu'à l'année 2001.

Analyse :
Lou Ye nous livre des souvenirs intimes d'une période marquante pour les jeunes chinois de sa génération. Un film personnel, témoignage poignant de la vie des jeunes chinois qui, croyant s'ouvrir à la liberté dans cette époque riche de bouleversements (chute du mur de Berlin, effondrement de l'U.R.S.S.), perdent leur innocence et seront broyés par l'ouverture au capitalisme mondial. L'importance qu'il semble donner à la description palpable d'un instant intensément vécu (long plan d'un retour de manifestation des trois amis), au détail intime des corps (étirement des scènes d'amour, jugées condamnables par les autorités), s'oppose à l'emballement anonyme de la foule et à l'aplanissement de la passion dans la banalité du quotidien. Sommes-nous maîtres de nos vies ? Les évènements extérieurs déterminent-ils notre personnalité ? Ou bien y a-t-il ce que nous sommes et ce que la vie fait de nous, selon la société qui dirige nos vies et influence nos choix, selon notre appartenance
à un pays ? L'interaction entre le général et le particulier nous implique dans une réflexion sur le mûrissement de nos jeunesses dans le tourment de l'Histoire, dans la comparaison avec d'autres générations perdues en d'autres temps et d'autres lieux.
La musique souligne l'ouverture des amours, allant du traditionnel à la variété chinoise, jusqu'au rock, ainsi qu'un thème romantique joué parfois au violon, parfois au piano.
L'image, parfois sombre car tournée en lumière naturelle, nous dépeint un univers urbain triste et une ambiance de campus surpeuplé, où les jeunes vivent dans du vieux : chambres encombrées, murs lézardés . Seul le Palais d'été appelle le romantisme et la beauté d'une nature qui sera pour toujours liée à l'époque heureuse de l'espoir .
(Arielle Domon)