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Cinéma

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Un secret

France-Allemagne - 1h40

César 2008 : meilleur second rôle féminin (Julie Depardieu)

Réalisation :
Réalisation : Claude Miller – Scénario et dialogues : Claude Miller et Nathalie Carter Images :Gérard de Battista – Montage : Véronique Lange - Son : Pascal Amant, Frédéric Demolder - Montage : Véronique Lange - Musique : Zbigniew Preisner Production : UGC YM, Integral Film, France 3 – Distribution : UGC
Interprétation : Cécile de France (Tania), Patrick Bruel (Maxime), Ludivine Sagnier (Hannah), Julie Depardieu (Louise), Mathieu Almaric (François adulte), Nathalie Boutefeu (Esther)
Auteur :

Claude Miller a une place importante dans le cinéma français, même si une partie de la critique « intellectuelle » fait la fine bouche à son sujet. Il a réalisé des films talentueux : « La meilleure façon de marcher »(1975), « Garde à vue »(1981),« Mortelle randonnée »(1983), »L’accompagnatrice »(1992),« La petite Lilli »(2003), et avec les meilleurs acteurs du moment.

Résumé :

L’histoire est une adaptation du roman autobiographique de Philippe Grimbert, publié en 2004. Enfant, François, s’est inventé un frère et il imagine le passé de ses parents. À l’adolescence, une amie de la famille lui révèle une vérité bouleversante qui va changer sa vie, et lui permettre de se construire. Une histoire d’amour dévastatrice sur fond de Shoah.

Analyse :

Ce film est en résonance particulière avec « La question humaine » de Nicolas Klotz (voir l’article sur ce même site). De nouveau, il s’agit de la découverte de l’horreur de la Shoah, de l’indicible et pourtant incontournable tragédie des familles détruites, rayées des registres, « disparues » dans les camps. Ici, la découverte de la vérité est contée dans le cadre d’une famille juive de la France de l’entre-deux-guerres, et de l’après-guerre, où règnent le déni du danger nazi (les parents, grands parents), le refus de se reconnaître juif (Maxime), puis le silence de plomb sur l’existence d’un demi-frère et de la première femme du père… François, fils du deuxième mariage, va à l’âge de 15 ans découvrir pourquoi il avait la certitude cauchemardesque de l’existence d’un enfant avant lui, qui lui était caché. Et nous voilà devant une histoire d’amour fou entre le père, Maxime (Bruel, excellent), et celle qui deviendra la mère de François (Tania incarnée par Cécile de France, son meilleur rôle), amour qui est la cause directe du désastre familial (la mort en camp de la première femme, Hannah, et de son jeune fils). Racontée avec brio et finesse psychologique, un certain romantisme même.
Malgré le va-et-vient d’une période à l’autre (1936, 1942, 1955, 1985), le récit garde toute sa clarté et sa force. Réservant paradoxalement le noir et blanc pour le présent du récit (1985), où François a 37 ans, le film revient à la couleur pour exprimer, à la fin, l’apaisement et le recueillement. Les images défilent, celles des noms de juifs déportés et morts en camp, qui sont inscrits sur le Mémorial de la Shoah. Histoire d’amour dans la grande Histoire, c’est aussi l’histoire du pardon de François à son père, qui a gardé en lui le « secret », trop lourd sans doute pour être avoué. Assurant une grande maîtrise dans la mise en scène, Miller nous livre des images, des musiques, des ambiances, un film d’émotions, de réflexion, et aussi de douceur.

Alain Le Goanvic