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Cinéma

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Un si beau voyage

France-Tunisie, 2008, 2h17

Réalisation : Khaled Ghorbal  - Photographie : Jacques Besse - Montage : Andrée Davanture - Musique : Médéric Collignon - Production : Yoko Films, Shilo Films Production - Coproduction : CTV Tunisie, les Films Bleus.
Interprétation : Farid Chopel (Mohammed), Aboubakar Eros Sissoko (Mansour), Abdelhafid Metalli (Karim)
Auteur :

Khaled Ghorbal est né en Tunisie en 1959. Il a d'abord étudié le théâtre dans son pays avant de partir en France. Il a alors travaillé dans différentes cinémathèques de la banlieue parisienne et coordonné un projet de cinéma dans les écoles. Il réalise un premier long métrage en 2000 : "Fatma" qui sera présenté au Festival de Cannes dans la "Quinzaine des réalisateurs" et obtiendra le Prix Art et Essai.

Résumé :

Mohammed, un émigré tunisien en région parisienne, arrive à l'âge de la retraite et doit laisser la chambre qu'il occupe dans un foyer Sonacotra, où il a aussi quelques amis. Malade et dans l'impossibilité de se trouver alors un nouveau logement il décide de repartir en Tunisie. Ce retour au pays lui fera retrouver des membres de sa famille et... le désert.

Analyse :

Le titre peut d'abord paraître ironique ("un si beau voyage"), alors qu'il s'agit pour Momo d'aller vers la mort. Mais peut-être ne l'est-ce pas tant que cela quand on voit le contraste entre l'univers monotone et triste du foyer où il vit en banlieue parisienne et qu'il est contraint de quitter, et ce désert sauvage dans lequel il va choisir de partir pour attendre la mort. Ce dernier voyage est en effet un très beau voyage malgré la solitude de Momo. C'est un retour à la terre originelle.
Toute la lenteur du film est utile pour nous faire comprendre de l'intérieur ce que vit Momo en région parisienne : retraité, sans famille, il n'a d'autres occupations que quelques taches ménagères, des visites chez le médecin, et quelques promenades sans but. Mais toute une vie de relation s'est installée avec Karim et Mansour, voisins du foyer, plus jeunes que lui et auxquels il donne des conseils, lui l'ancien. Ce qui est montré de l'environnement humain souligne le décalage entre la mentalité des émigrés de la génération de Momo et celle de leurs enfants et petits-enfants, "intégrés" peut-être mais ayant perdu les valeurs de la tradition.
Lorsque la décision du départ est prise, nous assistons aux détachements successifs que Momo va accepter : ses amis, quelques biens matériels, son ancienne compagne. Cet abandon progressif de tout ce qui pourrait le rattacher à la vie va se poursuivre en Tunisie, où l'accueil familial est assez divers. La prise de conscience se fait de plus en plus nette de ce qu'il se sent être : un exilé, stérile, même de retour dans son pays.
C'est alors que la décision de partir au désert va achever son acceptation de la mort. Nous assisterons à quelques "rituels" de préparation au grand départ, auxquels le vent et le sable apportent une grandeur sauvage.
Farid Chopel, l'acteur principal, mort peu de temps après le tournage, est criant de vérité dans ce rôle qu'il tient avec noblesse.
Un très beau film bien qu'un peu long.

Maguy Chailley