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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Uzak

Turquie ; durée : 110 minutes

Réalisation :

Réalisation : Nuri Bilge Ceylan ; Scénario : Nuri Bilge Ceylan ; Image : Ebru Ceylan ; Producteur : Nuri Bilge Ceylan

Interprétation : Muzaffer Özdemir : Mahmut ; Mehmet Emin Toprak : Yusuf
Auteur : Nuri Bilge Ceylan est né à Istambul, en Turquie, en 1959. Après avoir obtenu un diplôme à l'Université de Bophorus (département technique d'ingénieur), il étudie la réalisation à l'Université de Mimar Sinan à Istambul. En 1995, il réalise un court-métrage : Koza (Cocoon), en 1997 il tourne son premier long-métrage : Kazaba (La petite ville), suivi en 1999 de : Mayis Sikintisi (Nuages de Mai). Uzak (Distant) est son troisième long-métrage. Le film reçoit le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes 2003 ainsi qu'un double prix d'interprétation masculine.
Résumé :

Mahmut vit seul dans son appartement à Istambul, entre ses livres, sa télé et son laboratoire photos : il s'est résigné à faire des photos de publicité pour une firme industrielle. Et voilà qu'aujourd'hui, Mahmut se voit tenu d'héberger dans son appartement bien rangé un jeune cousin de la campagne : Yusuf. Victime de la crise économique, celui-ci a été licencié et est à la recherche d'un travail sur un bateau. Mais il n'y a pas de travail dans le port et surtout, il n'y a pas de place pour lui dans la vie rétrécie de Mahmut.

Analyse :

Il neige sur Istambul et Mahmut est en pleine hibernation : son coeur est pris par les glaces comme le navire échoué dans le port où toute activité semble avoir cessé. Mahmut est loin de tout, comme le suggère le titre du film : uzak, apprend-on, signifie "distant", "lointain"...Mahmut est bien loin de ses rêves : faire des films et de la photographie d'art. Enfermé dans son laboratoire, il se cantonne dans les "natures mortes", crée des compositions où figurent une montre arrêtée, un oeuf en marbre. Pour Mahmut, le temps en effet s'est arrêté et la vie lui fait peur : il s'est séparé de sa femme alors qu'elle attendait un enfant. Et là justement est la faille dans les remparts que Mahmut a construits tout autour de lui : au cours d'une brève entrevue entre lui et son ex-femme, celle-ci lui apprend doucement qu'elle va partir au loin avec le nouvel homme de sa vie : Mahmut demeure silencieux, bien sûr, mais quelques mesures d'un adagio bouleversant de Mozart laissent entendre la déchirure au fond du coeur. Certes, Mahmut a bien quelques copains, une maîtresse qu'il n'aime pas, une vieille mère qu'il tient à distance, mais sa vie est une forteresse dont ni lui ni les autres n'ont la clé. On comprend que Yusuf, avec ses vingt ans et son regard doux, n'a aucune chance d'être aidé par son cousin. Yusuf apprend très vite que les bateaux et les filles, ce n'est pas pour lui. Que, à l'image de la petite souris de la cuisine, il est un dérangeur, un parasite. Un matin, Yusuf disparaît, lui aussi. Sans un mot. Mahmut erre sur les quais enneigés du port d'Istambul : il n'a plus rien.
UZAK est un film magnifique : une révélation du festival de Cannes. Ceylan s'inscrit sans conteste dans la filiation des Bergman, Antonioni, Bresson, Kiarostami.... Ceylan est un contemplatif qui se penche avec une infinie pudeur sur le mystère des êtres.
Françoise Lods