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Cinéma

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Versailles

France - 2008 - 1h53

Réalisation :
Réalisation et scénario: Pierre Schoeller - Image: Julien Hirsch - Montage : Mathilde Muyart - Musique : Philippe Schoeller - Son : Yves-Marie Omnès, François Merleu, Stéphane Tiébaut - Production : Les Films de Pelléas - Distribution : Films du Losange
Interprétation : Guillaume Depardieu (Damien) - Max Baissette de Malglaive (Enzo) - Judih Chemla (Nina) - Aure Attika (Nadine) - Patrick Descamps (Jean-Jacques)
Auteur :

Pierre Schoeller est scénariste pour la TV et le cinéma. Il a réalisé en 1996 un court métrage « Deux amis », puis « Zéro défaut » en 2002. « Versailles » a été présenté à Cannes 2008, dans la Sélection Un Certain Regard.

Résumé :

Paris, aujourd’hui. Un enfant et sa jeune mère dorment dans la rue. Nina est sans emploi, ni attaches. Enzo a 5 ans. Leur errance les conduit à Versailles. Dans les bois, tout près du château, un homme, Damien, vit dans une cabane, retranché de tout. Nina passe une nuit avec lui. Au petit matin, Nina laisse l’enfant et disparaît. Commence alors une relation étrange où l’homme et l’enfant vont se découvrir, s’apprivoiser et s’attacher.

Analyse :

Enfin ! un cinéaste nous présente une histoire qui évoque une France que nous ne connaissons pas, dont nous ne pouvons avoir idée. Une France inconnue, celle des SDF, des rejetés, des gens irrécupérables : selon une enquête, 900.000 personnes vivent dans des abris précaires ! Damien, Nina et son fils Enzo, vivent en marge de la société. Nina est animée d’une sourde révolte, et ne croit plus ce que les Services « sociaux » lui promettent. Damien est un marginal volontaire et organisé, qui revendique son exclusion. Il se trouve confronté à une situation incroyable, celle d’avoir à s’occuper d’Enzo, de le protéger et de lui donner la possibilité de s’intégrer à la « société de la République » ! Les acteurs sont extraordinaires, Guillaume Depardieu, tendre et bourru, dans un rôle qui lui va comme un gant ; le jeune Max qui du haut de ses cinq ans atteint un jeu intense et bouleversant ; Judith Chemla dont le regard apeuré et sauvage reflète le souvenir d’une enfance difficile. Simplicité du jeu, caméra attentive et respectueuse, musique sans effet dramatique. Il y a comme une éthique de la représentation. Lors de la phase d’errance (la vie dans la forêt, lieu d’accueil et de protection), Guillaume sauve Enzo, et Enzo sauvera Damien, en allant chercher du secours au moment d’une crise violente.
Les trois personnages vont ainsi évoluer vers leur destin : Nina va trouver un emploi d’aide-soignante dans une maison de retraite, Guillaume se remet à travailler pour payer son logement chez son père et les frais d’éducation d’Enzo, et l’enfant fait son entrée dans le monde de la « normalité ». La mère reviendra bien plus tard renouer avec son fils, jeune adolescent. « Happy end » ? Trouver des solutions en affrontant les réalités de la vie, voilà ce que montre ce film juste et sobre. Les regards de l’enfant, si étonnés, empreints de tant d’attente, nous émeuvent. Les adultes autour de lui témoignent d’une grande humanité, malgré leurs faiblesses et leurs contradictions. La puissance du lien recrée l’ordre social.

Alain Le Goanvic