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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Violence des échanges en milieu tempéré

Film français ; durée : 1h 39mn.

Réalisation :

Réalisation: Jean Marc Moutout (2003) ; Scénario: Olivier Gorce et Jean Marc Moutout.

Interprétation :

Jeremie Rénier (Philippe Ségnier), Laurent Lucas (Hugo Paradis), Cyria Malki (Eva)

Auteur : Jean Marc Moutout, 37 ans a fait ses études de cinéma en Belgique. Ce film est son premier long métrage. J.M.Moutout est un fan de Ken Loach. Au cinéma engagé, il préfère décrire les réalités sociales en évitant les constructions idéologiques. Il est déjà connu par un documentaire diffusé sur Arte "Le dernier Navire" sur la fin des chantiers navals du Havre..
Résumé :

Philippe Ségnier, jeune diplômé d'une école de commerce vient d'intégrer le cabinet de consultants Mac Grégor. Pour sa première mission il va auditer une entreprise de mécanique de la région lyonnaise. Il s'acquitte avec enthousiasme et inconscience de sa tâche en croyant servir l'entreprise. En fait il s'agit de tailler dans les activités et les effectifs de l'entreprise pour la préparer à une fusion. La réorganisation obéit à une logique financière plus qu'économique. Seule compte la rentabilité de la future filiale.
Eva, jeune mère célibataire, nouvelle amie de Philippe, va ébranler ses certitudes de jeune cadre dynamique . Philippe va devoir choisir son camp, celui de sa compagne ou celui de son patron qui va le guider dans une brillante carrière de coupeur de têtes. Va t'il choisir le camp des "toquards" ou celui des gagneurs?

Analyse :

Jean Marc Moutout réussit à la fois un film grand public et un film sociologique sans jamais être militant.
C'est un film grand public en ce sens qu'il traite d'un itinéraire personnel et d'une intrigue sentimentale dans lesquels chacun peut plus ou moins s'identifier, avec ses succès et ses compromissions.
C'est aussi un film social extraordinairement précis sur ce qu'est un audit, la manière dont il se déroule, les contacts qu'il suppose, les compromis que chacun doit accepter (la DRH, le chef d'atelier), la perception des catastrophes qu'il va engendrer.
Les deux aspects du film sont très habilement mêlés et se nourissent mutuellement jusqu'à la conclusion inévitable du film qu'on devine et redoute assez vite.
A
u niveau de la forme du film, on peut dire que la mise en scène s'efface derrière le propos mais le sert efficacement sans recherche particulière. L'audit nous vaut une galerie de portraits attachants , joués par des acteurs parfaits, qui n'en rajoutent pas. Tout misérabilisme est banni.
En revanche, le constat social et politique, qui sert de toile de fond à l'intrigue, est accablant A la différence de "Ressources humaines", le personnel semble ici résigné, la contestation est invisible et les syndicats absents. L'idéologie ambiante sur l'efficacité économique et ses lois semblent avoir convaincu jusqu' à ses victimes. Seuls semblent échapper à cette désespérance les marginaux, le sympatique cuistot beur de la cantine et Eva, qui incarnent les valeurs de solidarité et d'humanité. En somme l'avenir de la classe ouvrière ?
(Philippe Chailley)