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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Vodka Lemon

Film français, italien, suisse, arménien ;
durée : 1h 28mn.

Réalisation :

Réalisation et scénario. : Hiner Saleem ; Image : Christophe Pollock ; Musique : Michel Korb ; Production : Fabrice Guez, Dulciné, Arte, Sintra, Paradise Films ; Distribution:MementoFilms

Interprétation :

Romen Avinian (Hamo), Lala Sarkissian (Nina), Ivan Franek (Dilovan)

Auteur : Né dans le Kurdistan irakien en 1964, Hiner Saleem a fui son pays à l'âge de dix-sept ans pour échapper au régime de Saddam Hussein. Il s'est depuis battu pour la reconnaissance des droits du peuple kurde. Il a déjà réalisé : en 1997 Vive la mariée... et la libération du Kurdistan, en 1999 Passeurs de rêves.
Résumé :

De la neige, encore de la neige, partout de la neige. Et, au milieu, un misérable village kurde d'Arménie.
Là vit un vieil homme, Hamo, pauvre comme Job (sept dollars de pension mensuelle). Il a deux fils, l'un émigré à Alfortville, l'autre qui habite dans le village, n'a pas de travail, et est lui-même père d'une jeune fille. Hamo a perdu sa femme. Il se rend tous les jours sur sa tombe pour parler à sa photo gravée sur la stèle. Au cimetière, il croise et finit par connaître Nina qui, elle aussi, vient quotidiennement se recueillir devant le tombeau de son mari. Nina, plus pauvre encore que Hamo, est gérante d'une misérable baraque où elle vend des bouteilles de Vodka Lemon. Elle a une fille, pianiste à l'hôtel, et qui vit en fait plus de son corps que de sa musique.

Analyse :

Hiner Saleem cite volontiers un orientaliste du XVIIème siècle : "Le peuple kurde est le plus triste et le plus joyeux des peuples". Son film est à l'image de la citation. Rien de plus misérable que le village où vit Hamo, rien de plus absolu que le dénuement de ses habitants. Mais rien de plus terriblement drôle que l'auto dérision avec laquelle Hiner Saleem les met en scène. On aurait pu s'attendre à du Zola. On trouve un mélange de Kaurismäki et de Magritte. Du Kaurismäki à cause de l'humour froid qui ne cesse de conserver leur dignité aux personnages et de préserver leur humanité dans les pires situations. Du Magritte à cause des trouvailles qui élèvent le film au dessus du réalisme sans toutefois qu'il perde jamais pied : un vieillard descend à toute allure un chemin enneigé sur son lit comme sur un bobsleigh... Hamo et Nina jouent à quatre mains sur un piano installé au milieu d'une route, et voilà l'instrument qui se met à rouler comme une voiture et qui les emporte... Au fond, tout l'esprit du film est résumé dans ces bouteilles de Vodka Lemon que vend Nina. Une Vodka Lemon qui en fait a un goût d'amande : "C'est ça l'Arménie !" dit un client.
(Jean Lods)