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Cinéma

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Whisky

Uruguay - 1h35<

Réalisation : Réalisation : Juan Pablo Rebella, Pablo Stoll ; Scénario et dialogues : Gonzalo Delgado Galiana, Juan Pablo Rebella, Pablo Stoll ; Images : Barbara Alvarez
Interprétation : Andrès Pazos (Jacobo Köller) - Mirella Pascual (Marta Acuna) - Jorge Bolani (Herman Köller)
Auteur :

Juan-Pablo Rebella et Pablo Stoll sont tous deux nés en 1974 à Montevideo. Ils ont été découverts en France avec la sortie de "25 watts" (réalisé en 2001), leur premier long métrage, dédié à l'errance stoïque de la jeunesse uruguayenne . "Whisky" a été présenté à Cannes dans la sélection "Un certain regard". Ces deux jeunes cinéastes sont des exceptions dans leur pays eu égard à la quasi absence d'industrie cinématographique.

Résumé :

Jacobo, la soixantaine, veuf juif et déprimé, est patron d'une petite fabrique de chaussettes, décrépite et vieillotte. Il s'est occupé tout seul de sa vieille mère jusqu'à la mort de celle-ci. Un an après son frère Hermann, qui vit au Brésil avec beaucoup plus de moyens, vient lui rendre visite pour le remercier. Jacobo demande à son assistante, Marta, femme solitaire et effacée, de se faire passer pour son épouse, le temps de la visite d'Hermann. 

Analyse :

Ces deux frères nous sont montrés dans le contraste qui les oppose. Le premier, Jacobo, est un homme sinistre qui n’a aucune imagination, ignore l’improvisation et l’innovation. Il répète donc depuis des années les gestes appris par son père, dans la même usine qui a gardé les mêmes murs, les mêmes machines et les mêmes modèles. Le second, Hermann, est un homme plus bavard et plus avenant et un patron novateur qui ose renouveler ses modèles et son équipement. On pourrait en rester là mais c’est oublier une protagoniste importante du film, Marta, employée de confiance de Paolo, sans laquelle rien ne fonctionnerait, qui l’accompagne dans ses rituels de travail quotidiens et dirige deux ouvrières. Elle traitera la demande de Jacobo (se faire passer pour sa femme) avec le même sérieux et la même conscience professionnelle et jouera le jeu, discrètement mais sûrement. Dans ce nouveau rôle, elle se transformera lentement sous nos yeux. Cette femme au visage ingrat et fermé, aux cheveux plats et peu soignés, va progressivement devenir une personne découvrant des relations humaines possibles et des désirs pouvant être satisfaits. Le talent de ce film réside dans le parti-pris de sobriété extrême pris par le réalisateur : scènes répétitives cadrées en plans fixes et serrés pour traduire l’ennui de la vie sans relief de Paolo, mêmes angles, mêmes couleurs éteintes. Par contre des scènes en plans larges, des travellings, des couleurs plus vives pour traduire l’ouverture d’esprit d’Hermann et mettre en valeur Marta qui dit le mot « whisky » pour apprendre à sourire et prendre sa part d’héritage de bonheur. A surtout ne pas rater !

Corine Eugène dit Rochesson