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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Adoration

(Canada 2008 ; durée : 1H40)
Prix du Jury œcuménique au Festival de Cannes 2008

Réalisation : et scénario : Atom Egoyan - Image : Paul Sarossy - Musique : Mychael Danna - Montage : Susan Shipton - Prod. : Atom Egoyan. Distr. : Arp Selection.
Interprétation : Devon Bostick (Simon), Arsinée Khanjian (Sabine), Scott Speedman (Tom), Noam Jenkins (Sami), Rachel Blanchard (Rachel)
Auteur :

Né au Caire en 1960, d’origine arménienne, Atom Egoyan vit au Canada depuis l’âge de trois ans. Son premier film, Next of Kin, date de 1984, mais c’est avec The Adjuster (1991), puis avec Exotica (1994) qu’il acquiert une réputation internationale. Une réputation qui se confirme avec De beaux lendemains (1997) qui récolte plusieurs prix à Cannes, dont, déjà, celui du Jury œcuménique. Si, ensuite, Le voyage de Félicia (1999) est également bien reçu, ses films suivants, Ararat (2002), La vérité nue (2005), seront accueillis avec plus de réserve.

Résumé :

Un adolescent orphelin, Simon, a construit son identité à partir de deux images : celle d’un père diabolisé, Sami, celle d’une mère adorée, Rachel. L’un et l’autre sont morts dans un accident dont Sami est tenu pour responsable. Cette représentation de son origine qu’on lui a transmise, Simon va la mettre en scène à sa façon. Il va faire sienne l’histoire d’un fait divers raconté en classe, se prétendre survivant d’une tentative d’attentat islamique qu’aurait organisée son père, et où lui, Simon, aurait dû mourir avec sa mère, alors enceinte de lui. D’abord montée dans le cadre d’une représentation théâtrale scolaire, l’affabulation, lancée sur Internet, se répand sur toute la toile, suscitant un immense concert de polémiques et de témoignages.

Analyse :

Atom Egoyan repose à sa façon la vieille question de la vérité dans ce film kaléidoscope où l’authenticité des faits — ou des relations, les unes dépendant des autres — est remise en cause et en jeu par la multiplicité des miroirs qui en capturent ou en renvoient l’image, que ce soit à travers le souvenir, le fantasme, le mensonge ou l’enregistrement filmé. A travers aussi, et c’est capital dans ce film, « l’effet Internet » qui, propageant l’annonce d’un événement à travers les continents, embrase le monde et ramène la planète à la dimension d’une place de village tenant forum. Le choc en retour des clameurs provoquées par l’imposture qu’il a montée va déplacer l’adolescent, lui faire considérer son histoire sous un angle plus conforme à l’exactitude des faits. Mais on n’en reste pas là. Ce questionnement sur la vérité de Simon sert en quelque sorte à Atom Egoyan de germe à partir duquel il développe un cristal aux nombreuses facettes : méthodiquement il dresse un tableau des aveuglements de notre planète et dessine les multiples avatars sous lesquels se présente aujourd’hui l’adoration : l’extrémisme religieux, l’intolérance, le terrorisme international, la toute puissance de l’image, l’impérialisme de la communication par Internet… Le bilan est sombre, l’avertissement clair. Atom Egoyan sauve toutefois son personnage. Un salut qui, très biblique, passe par la destruction des idoles : le violon de Rachel, intouchable jusqu’alors, symbole même du culte idolâtre voué à la mère, va être vendu, et les symboles mortifères qui retenaient Simon dans son passé seront brûlés dans un ultime autodafé.

(Jean Lods)