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Cinéma

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The limits of control

(Etats-Unis, 2009, 1h56)

Réalisation : et scénario: Jim Jarmusch - Photographie: Christopher Doyle - Son: Robert Hein - Montage: Jay Rabinovitz - Production: Entertainment farm, Point Blank films - Distribution: Le Pacte.
Interprétation : Isaac de Bankolé (Solitaire), Alex Descas (Créole), Jean-François Stévenin (Français), Luis Tosar (Violon), Paz de la Huerta (Femme nue), Tilda Swinton (Blonde), Youki Kudoh (Molécules), John Hurt (Guitare), Gaël Garcia Bernal (Mexicain), Hiam Abbass (Femme au volant), Bill Murray (Américain).
Auteur :

Né en 1953, marqué par le cinéma d’Antonioni, de Mizoguchi, d’Ozu, il est jaloux de sa liberté de créateur et fasciné par l’errance et les musiques du monde. Son premier film Permanent vacation (1980) annonce déjà son style : description d’un quotidien étrange, d’anti-héros décalés et de marginaux. Il obtient la caméra d’or à Cannes en 1984 pour Stranger than Paradise que suivront Mystery train, Dead Man, Ghost Dog, Coffee and Cigarettes dont la réalisation s’étala sur près de 20 ans, enfin Broken flowers (2005).

Résumé :

Un homme solitaire, d'origine probablement africaine, accepte un contrat mystérieux dans un aéroport parisien: il doit aller à Madrid où son contact suivant portera un violon. Une succession de messages succincts dissimulés dans des boîtes d'allumettes l’entraîne vers le sud de l'Espagne où sa mission le conduit jusqu’à sa cible finale après lui avoir fait rencontrer des personnages cocasses ou étranges tout aussi mystérieux que lui.

Analyse :

Le film, dont le titre est emprunté à un essai éponyme de William Burroughs, débute sur les deux premiers vers du Bateau ivre d'Arthur Rimbaud. C’est un road-movie policier en forme de parodie de thriller, car on est très loin de tout réalisme comme de tout sentiment humain et l’absence de mobile apparent à cette quête criminelle permet difficilement au spectateur d’imaginer quel individu ou quelle organisation pourrait bien en tirer les ficelles ! A la fois concentré et rêveur, le protagoniste, un excellent Isaac de Bankolé sur lequel repose le film, accomplit sa mission avec une lenteur solennelle, une impassibilité, une méticulosité et une détermination absolues, à travers un jeu physique impressionnant et des rituels récurrents et implacables lors de chacune de ses rencontres : arrivé dans un café, il commande 2 expressos dans 2 tasses, échange avec un inconnu une boite d'allumette et quelques paroles laconiques sur la musique, le cinéma, les sciences, ou encore la peinture. puis repart . Ses contacts (une pléiade de très bons acteurs parmi lesquels on distingue Bill Murray et Tilda Swinton) sont des personnages désincarnés qui, à la différence de l’anti-héros dont l’amoralité s’expose au grand jour, portent presque tous des lunettes. Les paysages et les lieux de l’itinérance du solitaire ne sont pas plus décrits que l’action elle même ne se déroule : ces espaces géométriques, en contrepoint ou en écho à son paysage mental, sont aussi abstraits voire conceptuels que ces personnages qu’il croise. La musique, et notamment le rock expérimental japonais du groupe Boris, fait étroitement corps avec des images qui construisent un puzzle ludique, dans lequel dit Jarmusch il ne faut surtout pas essayer de tout comprendre. Ce film, une œuvre à la limite du cinéma expérimental, est un exercice de style qui sera apprécié des amateurs d’un réalisateur qui, en hommage au cinéma personnel qu’il aime chez lui comme chez les autres, fait ici l’apologie de l’artifice.

(Jean-Michel Zucker)