Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Amore

(Italie - 2009 - 2h)

Réalisation : Luca Guadagnino - Scénario : Barbara Alberti, Ivan Cotroneo, Walter Fasano, L. Guadagnino - Photo : Yorick Le Saux - Musique : John Adams - Montage : Walter Fasano - Production : First Sun, Mikado films, RAI Cinema - Distribution : Ad Vitam
Interprétation : Tilda Swinton (Emma Recchi), Flavio Parenti (Edoardo Recchi Jr.), Edorado Gabbriellini (Antonio), Alba Rohrwacher (Elisabetta Recchi), Pippo Delbono (Tancredi Recchi), Marisa Berenson (Allegra Recchi), Gabriele Ferzetti (Edoardo Recchi Sr.)
Auteur :

Luca Guadagnino est né en 1971. Scénariste, producteur, il a réalisé des documentaires (dont un sur Tilda Swinton) et un long-métrage Melissa P en 2005. Amore a été présenté au Festival de Venise 2009 (Jury Art Cinema Award), ainsi qu’à Toronto et Sundance.

Résumé :

Dans la grande demeure de la famille Recchi, dynastie industrielle du textile, Emma, d’origine russe et mariée à l’héritier Tancredi, coule des jours monotones, enfermée dans son mariage et son sens du devoir. La rencontre avec Antonio, surdoué en cuisine et meilleur ami de son fils, déclenche des passions longtemps réprimées et emmène Emma sur le chemin de la vie.

Analyse :

Ce film extraordinaire est un peu difficile à définir en peu de mots. Il hérite d’une tradition stylistique d’un certain cinéma italien, et en même temps il fait figure d’OVNI dans la production actuelle du cinéma.
Servi par une distribution sans faille, où domine la rousse et diaphane Tilda Swinton, le film nous transporte dans un univers étouffant et fascinant d’une très riche famille de Milan. Dès le générique s’opère la vision panoramique d’un monde hivernal, les édifices, les grandes artères, les toits immenses. Une brume grise pèse sur la neige qui recouvre tout, pendant que la caméra nous amène aux hautes fenêtres de la Casa Recchi. Le patriarche, sentant sa fin prochaine, fête son anniversaire et en profite pour désigner ses successeurs, son fils Tancredi et un de ses petits-fils, Edoardo. Cadrage des visages, où s’expriment la reconnaissance, le dépit, l’interrogation, la déception. Ou l’absence, celle d’Emma, qui semble ignorée de tous mais qui est au centre du récit. Le cinéaste dit avoir pensé à Thomas Mann (Les Buddenbrook), nous pensons beaucoup à Visconti (Le guépard, Les damnés), à cause de la mise en scène opulente et raffinée, et aussi au Bertolucci des années 70, pour la sensualité des images. Tancredi vend la firme à un capitaliste hindou… Mais le propos va plus loin. De l’hiver surgit le printemps méditerranéen. Emma vit avec son fils une relation fusionnelle. Et avec sa fille, éprise d’une femme, se produit un étrange transfert. Elle tombe amoureuse d’Antonio et va connaître une prodigieuse ouverture des sens, d’abord en savourant ses plats, puis en goûtant, dans une nature élégiaque, ses fougueuses étreintes. La caméra nous livre des images d’une grande sensualité, montrant le splendide éveil des sens d’une femme frustrée. Tilda Swinton tient peut-être le plus beau rôle de sa carrière déjà impressionnante*. Comme un oiseau sorti du nid, elle s’envole maladroite dans un monde nouveau. Son fils se sent trahi de toute part et ne peut survivre. Son mari la rejette définitivement par un terrible « Tu n’existes pas ». Elle fuit la prison dorée, courant en tout sens vers son amour. Tout reste suspendu à la dernière image, incluse dans le post-générique : vision étrange d’un monde aquatique ou en apesanteur…

(Alain Le Goanvic)

* cf. article dans Vu de Pro-Fil no 3 : « Tilda Swinton – une Lady »