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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Année bissextile

(Mexique – 2009 – 1h32)

Réalisation : et Scénario : Michaël Rowe - Photo : Juan Manuel Sepulveda - Montage : Oscar Figueroa - Production : Machete Producciones, Instituto Mecanica de Cinematografia - Son : Antonio Diego - Distribution : Pyramide Distribution
Interprétation : Monica del Carmen (Laura), Gustavo Sanchez Parra (Arturo), Armando Hernadez, Marco Zapata
Auteur :

Michaël Rowe est australien et vit au Mexique, son pays d’élection. Pendant 15 ans, il a rêvé de faire un film, et de cette longue maturation est né Année bissextile. Entre-temps, il a travaillé pour le théâtre, comme auteur et metteur en scène et aussi pour la télévision, en tant que scénariste. Enfin 2009 c’est le premier tournage du film qui le conduira à la sélection de La Quinzaine des Réalisateurs (Cannes 2010) et à l’obtention de la Caméra d’Or.

Résumé :

Laura, 25 ans, d’origine amérindienne vit seule dans son petit appartement à Mexico. Elle est pigiste dans un petit journal local, où elle semble mal considérée. Elle a une obsession : sortir de sa solitude par des rencontres avec des hommes, liaisons purement sexuelles sans lendemain. Jusqu’au jour, où elle rencontre Arturo, qui la force à des relations sexuelles brutales. Elles vont lui faire découvrir sa personnalité profonde.

Analyse :

Quelques films récents d’Amérique Latine prennent une femme comme personnage principal, servant à exprimer les difficultés de la vie et de l’intégration dans la société : Fausta de Claudia Llosa (les traumatismes de la guerre civile) ; Gertrudis dans La camera oscura de Maria V. Menis (la laideur qui provoque le rejet familial et social) ; La nana de S. Silva (la bonne d’une famille riche en pleine névrose). Laura est amérindienne, race méprisée et soumise dans un pays où les médias valorisent les blondes aux yeux bleus, alors que « 99% n’entrent pas dans ces canons de la beauté européenne » (Michaël Rowe).
La première séquence nous fait découvrir Laura dans un super marché. Elle fait ses courses et s’intéresse à un homme, qu’elle dévisage avec insistance. Puis, nous la voyons dans son appartement, quelconque, pauvrement meublé. Tout le récit est tourné à huis clos. Vivre en intimité avec Laura, l’écouter téléphoner à sa mère (conversations banales), avec Raul, son jeune frère, avec son patron. On la voit se faire belle pour lever un nouvel amant (scènes sexuelles très crues), épier ses voisins amoureux, se masturber. La photo du père est sur la table de nuit: il est mort un 29 février. L’action se déroule en février de cette année bissextile. Idée géniale du réalisateur, qui crée l’effet de suspense avec la date du 29 entourée de rouge sur le calendrier pendu au mur. Arturo pose la question « pourquoi ? » mais n’obtient pas de réponse précise. Que s’est-il passé entre Laura et son père ? nous ne le saurons pas.
L’amérindienne va se soumettre à l’homme blanc, machiste violent avant l’amour, mais tendre, attentionné après. Elle va découvrir la jouissance dans la pulsion de mort, et vouloir son anéantissement de la main de son amant. Eros et Thanatos sont convoqués le 29. Mort préméditée donc. La vie en décidera tout autrement. Aucune musique n’accompagne les images, évitant de détourner le spectateur. Un beau film dérangeant.

(Alain Le Goanvic)