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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Biutiful

(Mexique - 2010 - 2h18)

Réalisation : Alejandro Gonzalez Inarritu - Scénario et dialogues : A.G. Inarritu, Armando Bo, Nicolas Giacobone - Photo : Rodrigo Prieto - Décor : Brigitte Broch - Son : José Antonio Garcia - Montage : Stephen Mirrione - Musique : Gustavo Santaolalla -Production : Menage Atroz, MOD Producciones, IKIRU Films - Distribution : ARP Sélection
Interprétation : Javier Bardem (Uxbal), Maricel Alvarez (Maramba), Eduard Fernandez (Tito), Ruben Ochandiano (Zanc), Luo Jin (Liwei), Guillermo Estrella (Mateo), Diaryatou Daff (Igé)
Auteur :

Les trois premiers longs-métrages de Alejandro Gonzalez Inarritu, réalisateur mexicain, né en 1963 à Mexico, furent d’emblée des films majeurs : Amours chiennes (2000), 21 grammes (2003), Babel (2006). Sélectionné au Festival de Cannes 2010, Biutiful a valu le Prix d’interprétation masculine à Javier Bardem.

Résumé :

L’histoire d’Uxbal est celle d’un homme tourmenté, engagé dans une vie très complexe au cœur de Barcelone, loin des clichés touristiques. Fils désemparé (l’image du père le hante) mais père dévoué, il est impliqué dans des affaires louches et illégales. Sentant que la mort rôde (il est atteint d’un cancer) et que tout lui échappe, il tente de trouver la paix, de mettre en ordre sa vie.

Analyse :

Le cinéaste mexicain nous invite à une nouvelle plongée dans notre monde actuel. Ici, il abandonne le style « d ‘intrigues superposées » et adopte une « ligne narrative unique », pour reprendre ses propres termes. Au lieu de nous dépeindre des situations dramatiques dans plusieurs pays différents et fort éloignés, comme ce fut le cas avec Babel, Inarritu place son histoire à Barcelone, où coexistent et se mêlent des populations immigrées : noirs d’Afrique, Chinois et autres Asiatiques, Sud Américains. On ne va pas vers le monde, c’est lui qui vient à nous. Mais il s’agit d’un monde de souffrances et de misère au sein de l’Europe. Uxbal évolue dans l’illégalité et "gagne" sa vie en exploitant des groupes de clandestins, corvéables à merci, très vulnérables. Il n’est pas directement impliqué, car il y a des intermédiaires. Le style de cinéma est à la fois réaliste et lyrique, images prises dans la rue (séquence saisissante de l’attaque de la police contre les dealers), plans travellings de la ville et des rues, saccadés puis soudain plans fixes, musique omniprésente qui donne un contrepoint poétique à la laideur des maisons, des intérieurs. Uxbal est un personnage très complexe (il parle avec les morts, a des visions). Il est ombre et lumière. Sa souffrance est grande, et Javier Bardem lui donne une dimension extraordinaire Il prend conscience qu’il doit mettre "ses affaires en ordre", comme lui commande une amie animée d’une grande compassion pour lui. Rongé par un cancer, et se sachant condamné, il se met à agir dans le sens du bien : vis-à-vis de ses enfants, de sa femme, des dealers, des immigrés. Cependant il ne pourra pas arrêter certains drames…
Malgré des exagérations stylistiques, qui frôlent parfois le grotesque et la caricature, le film atteint une ambiance spirituelle. On peut avoir un peu de recul devant une œuvre parfois grandiloquente, toutefois elle apporte un message : c’est justement parce que tout va de travers qu’il faut privilégier les forces de l’esprit et de l’espérance.

(Alain Le Goanvic)