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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Black Swan

(USA – 2010 - 1h48)

Réalisation : Darren Aronofsky - Scénario : Andres Heinz, Mark Heyman et John McLaughlin - Image : Mattheew Libatique - Musique : Clint Mansell (et P.I. Tchaïkovski) - Montage : Andrew Weisblum - Distribution : 20th Century Fox
Interprétation : Nathalie PORTMAN (Nina Sayer), Vincent CASSEL (Thomas Leroy le chorégraphe), Ksenia SOLO (Veronika), Wynona RYDER (Beth McIntyre), Mila KUNIS (Lili), Barbara HERSCHEY (Erica la maman)
Auteur :

Darren Aronofsky (né à NewYork, 1969), cinéaste original et audacieux, en est à son cinquième long métrage, alternant films déroutants (Pi, 1998 ; la Fontaine, 2006) et beaux succès (Requiem for a Dream, 2000 ; The Wrestler, 2008, tous deux proposés aux Oscars et vainqueurs de nombreux prix).

Résumé :

Sous la supervision méphistophélique du tout-puissant chorégraphe du Lac des Cygnes, la compétition est acharnée pour danser le grand double rôle du Cygne blanc et du Cygne noir, entre la vedette sortante Beth, sa remplaçante prévue Veronika, Lili la fausse ingénue, et la jeune Nina qui ose enfin prendre des risques, pour triompher et mourir ...

Analyse :

les thèmes associés de la performance et de la déchéance physique fascinent D. Aronofsky, du cerveau génial et torturant de Pi aux carcasses ruinées des puissants catcheurs de The Wrestler. Ici, c’est la ravissante Nina qui fait souffrir son corps, orteils sanglants et peaux arrachées, pour atteindre à la perfection qu’elle veut offrir à Thomas son Dieu vivant... Mais le chemin vers la perfection ne conduit pas à la meilleure performance : il y faut de la vie, du hasard, du risque.
C’est ce que découvre, par ses actes plus que par sa raison, Nina pour qui cette préparation d’un spectacle constitue son éclosion à la vie. Encore soumise, en début de film, au pilotage attentif de sa mère qu’elle reçoit volontiers, c’est sa révolte contre la trahison de sa fausse camarade Lili qui lui fait franchir, ne serait-ce qu’en rêve, les limites imposées à sa vie et à son être. Elle évolue alors dans une liberté délirante où elle danse enfin mieux que parfaitement : devenue elle-même, ou perdue en route, méconnaissable ? Aronofsky accompagne sa transformation morale, car le doux cygne blanc pataugera dans le sang, d’une transformation physique concrétisée d’abord par l’amorce de plume noire qu’elle extrait douloureusement de sa clavicule irritée...
Le thème de la réussite artistique, mélange inséparable de fascinations pour la beauté et pour la gloriole, se combine avec ceux de l’apprentissage et de la conquête (apprendre est une victoire), de l’admiration et de la jalousie (jalouse-t-on ce que l’on méprise ?) Aronofsky en donne une évocation forte et angoissante, où l’immensité oppressante des coulisses et salles de répétition, les longs couloirs obscurs, les voix invisibles et leurs échos, les chiches lumières qui parfois s’éteignent, créent un décor de toile d’araignée au centre de laquelle Thomas le chorégraphe nourrit son exigence dévorante de la substance des artistes qu’il rejette ensuite, chrysalides desséchées. Le Lac des Cygnes fut, dit-on, pour Tchaïkovsky une sorte de malédiction ; c’est dans une même ambiance que nous emmène ce beau film.
Vincent Cassel rend remarquablement la relation aux multiples facettes de son personnage avec les danseuses : manipulation par le chef cynique, conduite artistique par le chorégraphe inspiré, désir érotique du mâle dominant. Nathalie Portmann (qui y a gagné un Oscar) émeut et convainc tout au long de son parcours de gamine zélée devenant femme révoltée puis danseuse possédée par son Art, même si les quelques occasions qui la confrontent aux vraies professionnelles du ballet sont un peu cruelles.

(Jacques Vercueil)