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Cinéma

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Bug

(Etats-Unis 2006 1h42)

Réalisation : William Friedkin. Scénario : Tracy Letts d’après sa pièce. Image : Michael Grady. Son : Steve Boeddeker. Musique : Bryan Tyler. Décor : Franco-Giacomo Carbone. Montage : Darrin Navarro. Production : Bug LLC, L.I.F.T. Production, Lions Gate Films. Distribution : Metropolitan Filmexport.
Interprétation : Ashley Judd (Agnès), Michael Shannon (Peter), Lyon Collins (RC), Harry Connick Jr (Jerry Goss), Brian F. O’Byrne (Dr Sweet).
Auteur :

William Friedkin, dont la vision de Citizen Kane décide de la vocation, propose à 27 ans son premier long métrage, Good Times. En 1971, French Connection, film policier sur fond de trafic de drogue, va recevoir 5 Oscars et le Golden Globe du meilleur réalisateur. Viendront ensuite L’Exorciste, classique du film d’épouvante, puis dans le même registre le Convoi (remake du Salaire de la peur), Cruising, Police Federal Los Angeles et Le sang du châtiment. Après des années 90 moins fertiles, Friedkin marque son retour au cinéma avec L’enfer du devoir et Traqué, puis Bug qui, présenté à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs, a impressionné la critique.

Résumé :

Serveuse dans un bar et cloîtrée dans un motel perdu dans le désert, Agnès vit dans la crainte du retour de son mari tout juste libéré de prison. Quand elle accueille Peter, un étrange et inquiétant vagabond, elle croit qu’il va combler son vide existentiel ; mais l’invasion d’insectes qu’ils sont seuls à voir les fait basculer tous deux dans la folie.

Analyse :

Au départ il y a deux personnalités fragiles : Agnès, culpabilisée par la disparition de son fils 8 ans plus tôt, et Peter, ancien marine qui se dit avoir été persécuté par l’armée. Dans ce couple à la complémentarité sado-masochiste cela ne tourne pas rond : il y a un « bug » ; et l’auteur décrit implacablement l’inexorable progression de l’emprise mentale d’un pervers paranoïaque ivre de toute puissance sur une fille solitaire, phobique, et comme intérieurement morte . La scène se passe dans le confinement, propre à tous les délires, de la chambre d’Agnès autour de qui bourdonnent les autres personnages, jusqu’à la dépersonnaliser totalement. Cette démonstration clinique, qui est déjà un formidable document psychiatrique, est cependant bien plus que cela : le spectateur, -dont l’empathie est si vivement sollicitée par la façon dont sont filmées ces deux victimes qui s’accrochent l’une à l’autre-, s’identifie irrésistiblement à elles. Et le piège terrorisant, que quelques épisodes grand-guignolesques accentuent, se referme aussi bien sur lui que sur elles. Les insectes imaginaires que Peter traque au microscope, et dont il pense qu’ils lui ont été inoculés par le complexe militaro-politique, illustrent métaphoriquement le conditionnement mental et la dépossession de lui même qui menacent l’homme moderne. Contre cette effrayante contagion le cinéaste fait voir combien le monde extérieur est impuissant : ni le mari ni l’amie d’Agnès, ni le médecin de Peter, ni a fortiori de dérisoires obstacles matériels ne pourront prévenir le cauchemar psychédélique final.

(Jean-Michel Zucker)