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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Coco CHANEL et Igor STRAVINSKY

(France - 2009 - 1h58)

Réalisation : Jan Kounen - Scénario, dialogues : Chris Greenhalg - Chef opérateur : David Ungaro - Montage : Anny Danché - Décor : Marie-Hélène Sulmont - Musique : Gabriel Yared - Son : Vincent Tulli - Production : Eurowide Film Production - Distribution : Wild Bunch
Interprétation : Mads Mikkelsen (Igor Stravinsky), Anna Mouglalis (Coco Chanel), Elena Morozova (Catherine Stravinsky), Natacha Lindinger (Misia Sert)
Auteur :

De nationalité française, Jan Kouen est né en 1964, aux Pays-Bas. Après quelques courts-métrages, il passe aux longs-métrages : Doberman (1997), Blueberry (2004), 99 francs (2007). Biopic stylisé et raffiné. Coco Chanel et Igor Stravinsky a été présenté à Cannes 2009 en séance officielle de clôture.

Résumé :

Paris 1913, Théâtre des Champs-Élysées, Igor Stravinsky présente Le Sacre du Printemps. L’œuvre est conspuée par une salle au bord de l’émeute. Coco est subjuguée. 7 ans plus tard, Coco, couronnée de succès, propose à Igor de devenir son mécène et de l’héberger dans sa villa à Garches. Igor s’y installe avec ses enfants et sa femme... Débute un amour passionné et éphémère.

Analyse :

Des films récents utilisent la musique comme trame de l’intrigue : Le concert (Radu Mihaileanu), Les chats persans (Ghobadi), Tetro (Coppola) et le présent opus de Jan Kounen. Mais la différence est grande dans le traitement ! Dans le premier, le concerto pour violon de Tchaïkovski est présenté comme le prétexte à un chef d’orchestre russe, destitué au temps du stalinisme, de découvrir une jeune femme violoniste et réincarnation de son amie morte en captivité. Des trémolos plutôt racoleurs au style roman-photo, servent (et desservent) la musique très expressive du compositeur russe. Avec Coco et Igor, on pourrait tomber dans l’aspect romanesque de cette liaison sur fond du Sacre du Printemps... mais ce n’est pas le cas ! Dans le film de Ghobadi, la musique rock a un rôle militant ; et Tetro évoque l’histoire d’un grand chef d’orchestre tyrannique vis-à-vis de son fils (Brahms ponctue magnifiquement la fin du film). Le pari du cinéaste Jan Kounen, de montrer la relation coupable et passionnée de deux fortes et célèbres personnalités du Paris des années 1913-1920, est réussi au plan formel. Les trois acteurs sont remarquables : « Stravinsky » est quasi impassible et mutique (en contraste avec la musique tellurique du Sacre), Anna Mouglalis fascine par sa sensualité troublante, et Elena Morozova incarne la femme du maître avec douceur et dignité. L’ambiance feutrée, artistique, dans un monde au luxe raffiné, est inaugurée par le remarquable générique : des figures géométriques et mouvantes se déroulent comme une soierie ou un grand rideau aux tons camaïeux. La reconstitution minutieuse de la mise en scène des Ballets Russes, sous la direction de Diaghilev et Nijinski, est très remarquable. Cette oeuvre fondatrice de la modernité en musique et en danse de ballet donne au film une dimension étonnante. Les acteurs jouent leur rôle très en intériorité, développant une aura mystérieuse et romantique, un parfum de nostalgie. Les corps s’étreignent fougueusement, mais qu’en est-il de leurs âmes ? Outre les thèmes du Sacre, joués au piano par Stravinsky, la musique composée par Gabriel Yared exprime les sentiments contradictoires des personnages. Un film digne d’intérêt.

(Alain Le Goanvic)