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Cinéma

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Dans ses yeux

(2009 – Argentine – 2h09)

Réalisation : Juan José Campanella – Scénario : Eduardo Sacheri, J.J.Campanella - Photo : Félix Monti - Montage : J.J. Campanella – Production : Canal+ Espagne, INCAA, Tomasol Films – Distribution : Pretty Pictures
Interprétation : Soledad Villemi (Irène Hastings), Ricardo Darin (Benjamin Esposito), Pablo Rago (Ricardo Morales), Javier Godino (Isodoro Gomez), Guillermo Francella (Pablo Sandoval)
Auteur :

Alors qu’il poursuit ses études d’ingénieur, Juan José Campanella découvre sa vocation de cinéaste avec « All that jazz » de Bob Fosse, en 1979. Il réalise son premier court-métrage Prioridad Nacional, avant de partir aux USA pour suivre des cours à la Tisch School of the Arts. Son cinquième long-métrage Le fils de la mariée (2002) est nominé à l’Oscar du Meilleur Film étranger, et c’est avec Dans ses yeux qu’il obtient cet Oscar en 2010…

Résumé :

1974, Buenos Aires. Benjamin Esposito, employé judiciaire, enquête sur le meurtre violent d’une jeune femme. Nous sommes deux ans avant le coup d’État militaire en Argentine. 25 ans plus tard, il décide d’écrire un roman basé sur cette affaire classée, dont il a été témoin et protagoniste. Cette démarche le conduit à avouer son amour pour sa supérieure, la belle Irène Hastings.

Analyse :

Construit comme un thriller, mais versant volontiers dans le mélodrame, le film se déroule à plusieurs niveaux : le passé (1974-1976) et le présent (1999-2000) ; l’intrigue criminelle et l’histoire d’amour « transi » entre Esposito et Irène ; l’Argentine des Généraux, impitoyable et manipulatrice et l’Argentine actuelle, où certains faits ne peuvent s’oublier. On navigue entre le passé et le présent, entre la rédaction d’un roman et la reprise de l’enquête judiciaire, entre la réalité et la fiction. Le style baroque que le cinéaste imprime à cette histoire a un côté séduisant, mais à la longue un peu factice. Parlons de l’histoire amoureuse : on peut comprendre qu’Esposito ait renoncé pendant 25 ans à annoncer sa flamme à sa supérieure, mais pourquoi gommer complètement leurs vies respectives d’homme et de femme mariés chacun de leur côté ? Pour accentuer le romantisme de cette relation impossible ? peut être, mais finalement le film a du mal à donner vie à ce caractère passionnel. La fin du film, où l’on voit l’assassin emprisonné à vie dans une maison par le mari de la jeune femme, laisse un peu perplexe. Y a-t-il une signification implicite à cet acte radical de vengeance ? La dénonciation du régime de Videla est en fait assez édulcorée. Elle est allusive au travers du comportement du juge qui fait classer l’affaire, alors que le criminel est libéré pour services rendus. Le seul aspect intéressant du film réside dans la littérature : quand Esposito décide d’écrire un roman à partir du souvenir de la jeune femme assassinée, il commence un travail thérapeutique de retour au passé pour mieux comprendre son présent !

(Alain Le Goanvic)