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Cinéma

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Des hommes et des dieux

(France – 2010 - 2h)

Réalisation : Xavier Beauvois - Scénario et dialogues : Xavier Beauvois, Etienne Comar - Photo : Caroline Champetier - Son : Jean-Jacques Ferran - Montage : Marie Julie Maille - Production : Why Not Productions, Armada Films, France 3 Cinéma - Distribution : Mars Distribution
Interprétation : Lambert Wilson (Christian), Michael Lonsdale (Luc), Olivier Rabourdin (Christophe), Philippe Laudenbach (Célestin), Jacques Herlin (Amédée), Loïc Pichon (Jean-Pierre), Xavier Maly (Michel), Jean Marie Frin (Paul)
Auteur :

Né en 1967, Xavier Beauvois manifeste une sympathie pour les marginaux et les exclus : North (1992), N’oublie pas que tu vas mourir (1995), Selon Matthieu (2001) (qui aborde le domaine de l’entreprise) et Le petit lieutenant (2005) (le monde de la police). Il présente son cinquième long-métrage avec Des hommes et des dieux , largement récompensé à Cannes (Grand Prix du Jury, Prix du Jury Œcuménique) et salué unanimement par la critique.

Résumé :

Dans un monastère au milieu des montagnes algériennes vivent huit moines chrétiens français, en harmonie avec leurs frères musulmans. L’Algérie vit une époque troublée à cause des attentats terroristes, des massacres de villageois perpétrés par les hommes du G.I.A., qui livrent une guerre sans merci aux autorités gouvernementales. L’action se déroule dans les trois dernières années de la vie de sept d’entre eux avant leur disparition et leur mort en 1996.

Analyse :

Je le déclare, vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut, pourtant vous mourrez comme les hommes, vous tomberez tout comme les princes – Psaume 82
Méditation magnifique sur le sens d’un engagement humain et spirituel, beauté et grandeur des dialogues, sobriété et force chez les acteurs. Le film nous fait vivre comment va se décider la destinée des moines pour une cause qui les dépasse : Rester en terre algérienne jusqu’au sacrifice de leur vie. Le principe de retracer la vie des moines de Tibhirine, alors que monte inexorablement la menace islamiste, était une gageure, un pari risqué. Les chrétiens croyants apprécieront peut-être plus pleinement le message spirituel et humain, mais des non-croyants seront sensibles au courage et à la cohérence de ces hommes qui assument leur engagement, guidé par la foi en Jésus-Christ, dans le respect et l’amour de leurs frères musulmans. Aucune trace de prosélytisme dans ce film qui, de bout en bout, s’efforce de restituer avec honnêteté et grand respect, les doutes et les angoisses de la communauté, laquelle choisira sans ostentation de rester au monastère, refusant de tomber dans le piège politique que serait leur départ d’Algérie. Les lieux, les gens du village, la paix qui émane du monastère, son jardin, la montagne alentour, les offices monastiques, tout ce qui est montré respire la spiritualité. La rencontre avec un commando d’islamistes et l’échange de paroles entre Frère Christian, le prieur, et leur chef, témoignent, malgré la rudesse de la situation, de la possibilité d’un dialogue entre musulmans et chrétiens. Le sommet du film est la petite fête, le soir de leur enlèvement, autour de deux bouteilles de vin, apportées par Frère Luc, le vieux médecin, sur une musique de Tchaïkovski. Peu à peu, magnifiquement filmés, les visages s’éclairent, dans la confiance en la justice et la fraternité. Nous avions besoin de ce film, dans ce monde replié sur l’individualisme, les biens matériels et le rejet de l’Autre.
Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité. (Jean, 17,15).

(Alain Le Goanvic)