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Cinéma

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FAUSTA, La teta asustada

(Pérou/Espagne - 2008 - 1h35)

Réalisation : et scénario : Claudia Llosa - Image : Natasha Brier - Son : Edgar Lostanau - Montage : Frank Gutierez - Musique : Sema Mutal - Production : Wanda Vision, Oberon Cinematografica, Vela Fims - Distribution : Jour2fête
Interprétation : Magali Solier (Fausta), Susi Sanchez, Elfrain Solis, Marino Ballon
Auteur :

Claudia Llosa, jeune réalisatrice péruvienne, est née en 1976. Elle est la nièce de l’écrivain Maria Vargas Llosa. Sa filmographie comporte deux longs-métrages : Madeinusa (2006), primé dans de nombreux festivals, et Fausta, couronné au Festival de Berlin en 2009, par l'Ours d'or…. Claudia Llosa se révèle excellente scénariste et un véritable auteur, créant son propre style. Un espoir du jeune cinéma latino-américain.

Résumé :

Atteinte d’une maladie, qui, selon la croyance de ce village du haut plateau péruvien, vient du « lait de la douleur »(teta asustada, le sein effrayé), le lait des mères violées durant la guerre contre le Sentier Lumineux, Fausta vit traumatisée par l‘aveu transmis par sa propre mère avant de mourir. C’est aussi une évocation indirecte du Pérou, marqué par la violence politique.

Analyse :

Avant l’image, un chant incantatoire, comme un murmure, dont les paroles terribles décrivent le viol d’une femme, et cette femme est la mère de Fausta. Son visage apparaît, visage marqué par les ans. Sa fille, d’une beauté à couper le souffle, l’assiste sans un mot, elle est seule dans un monde plein de dangers. Le pré générique est le prologue funèbre d’une existence basée sur la fuite éperdue de l’homme, la peur d‘être violée, d’avoir son ventre saccagé. Les images suivantes montrent les préparatifs du mariage de la cousine de Fausta. Il sera beaucoup question de mariages dans cette histoire, le film prenant parfois un aspect ethnographique. Le souci majeur de la jeune fille est de payer l’enterrement de sa mère, ce que ne peut faire son oncle, trop pauvre. Alors Fausta travaille comme servante chez une riche pianiste de la ville la plus proche. Fausta chantonne souvent, elle invente les paroles, il y a comme une aura de fraîcheur et de pureté qui s’exhale d’elle. La pianiste est frappée par la mélodie d’un de ces chants improvisés, elle oblige Fausta à chanter devant elle. Plus tard, elle l’utilisera pour l’adapter au piano et la jouer en concert. Fausta est récompensée par l’octroi de perles au compte-gouttes. Fausta retourne souvent au village, elle retrouve Noé, le jardinier, avec qui elle se sent bien. Mais aucun homme ne peut l’approcher, elle garde silencieuse et farouche le secret contenu au creux de son intimité. Le médecin du dispensaire rural sait comment elle protège son vagin, mais par son regard (porté par d’admirables yeux noirs) elle tente de mettre à distance le monde qui l’entoure : les villageois insouciants dans leur quotidien, l’oncle fataliste et inquiet, Noé qui tente de la sortir de son isolement en l’intéressant aux plantes et aux fleurs.
Ce film remarquable exprime la difficulté de vivre dans un monde où les mots ne peuvent pas être prononcés, ceux d’une transmission dramatique dont Fausta cherche à se libérer, ceux d’un passé tragique, insurmontable. La vue de l’océan, immense, au souffle puissant, lui permettra de prononcer les mots retenus si longtemps, les mots d’amour qui libèrent la fille du drame de la mère…. Dans la terre chaude du désert naîtra enfin une fleur.

(Alain Le Goanvic)